


Habits and manners at the dining table were studied through the lens of absurdity and satire. As traditional and socially symbolic mealtimes continue to evolve in our contemporary world that never stops accelerating, the research focused on certain transformations in behavior that are a consequence of these changes.
Speculative mealtime scenarios were staged with volunteers who let themselves be subjected to technical or social constraints. In particular, the study analyzed ambiguities between habit and consumption, for example looking at materiality and excess.
Current shifts in consuming food were discussed, finally drawing parallels with consumption of digital content today.
Introduction
Les bonnes manières sont demandées à table
10.99€
Tiens toi droit ! - Eating Out - Repas de Noël - Sous les sunlights !
Dessert : Macarons
La vie toujours plus ultra fast !
12.99€
Pardon, je dois passer ! - Un McFirst à emporter s’il vous plait - Offre fidélité -10% avec le code UBEREAT10 - Fast life - Une main lave l’autre - Pas de Bol...
Dessert: Eclair au café
Posé sur un canapé
12.99€
Table basse et sofa - Solo Date - Bruit de grésillement - Manger tel des dieux - En tailleur
Dessert : Fondant au chocolat
On continue encore à tourner ?
Kilo plume - Cheeeese ! - Délicieux, attrayant, porn... - La cyber-alimentation
Dessert : Tarte à la crème
Conclusion
Bibliographie
Remerciments
14.99€

Nous mangeons selon des cultures, des codes, et des manières bien définis. Le repas a été progressivement ritualisé mais implique toujours un moment d'arrêt qu’il soit partagé ou solitaire. Cependant, l’humain a acquis si intimement le geste de manger par habitude et par répétition, qu’il est inscrit en lui comme une évidence. Un geste naturel se transforme en un mécanisme artificiel. Un rapport au geste et à l’objet à travers les habitudes apparaît. Position (debout, assis, allongé,…), mode de consommation (les couverts, les baguettes ou les mains,...), lieu (cuisine, salon, fast-food, restauration classique,...), tout se mélange et se fond dans une gastro-anomie : Cette fusion des pratiques culinaires se développe grâce à une perte de nos repères. L’alimentation existe maintenant hors-saison, hors contexte, hors temporalité. Un dérèglement du mangeur émerge à travers ses pratiques.
Je souhaite traiter de la matérialité de notre relation avec le repas, dans le sens d’une critique et d’une obsession à la nourriture. Je propose de voir notre environnement domestique semblable à un buffet d’expériences permanentes. Former une sorte de surréalité qui cherche à souligner l’ambiguïté entre la consommation, l’habitude et ses excès.
C’est pourquoi, j’observerais tout d'abord dans ce mémoire les manières et les bonnes tenues de table qui s’assouplissent. Le repas quitte la table, se déstructure et s'éparpille en y délaissant ses bonnes mœurs. Ensuite, je me concentrerais sur l'impact du mélange des cultures et de la rapidité de la société actuelle. Celle-ci entraîne une certaine solitude et isolement chez le mangeur. De ce fait, ces évolutions provoquent de nouveaux comportements, dans lequel le numérique devient la vedette. Les apparences et les sens sont les acteurs secondaires de ce grand show.
J’ai choisi de ponctuer ce mémoire de vidéos, telles des expériences d’une savante folle. Je m’amuse à proposer des repas absurdes. Je cherche à témoigner de nos excès, servant d’amorce à une prise de conscience. Une réalité qui englobe pleinement l'imagination de tout ce qui n'existe pas encore ou qui pourrait ne jamais exister. Tout comme un scénario de film, une vision alternative est imaginée.
Ces vidéos naissent à travers mes recherches. Tout d’abord imaginée comme un module de visualisation de gestes et de réactions, la vidéo m'a surtout prouvé petit à petit son pouvoir de démonstration. Comme peuvent aisément les utiliser l’artiste Mika Rottenberg et le designer Noam Toran, ces références motrices m’ont inspiré tout du long par leur capacité d’immersion à travers la fiction. Ils suggèrent un surréalisme social renvoyant à nos réalités et à nos consommations.
La vidéo devient ainsi pour moi une spéculation autour des comportements de notre société et surtout un dialogue avec les lecteurs de ce mémoire. Un tête-à-tête que je ne veux pas rédhibitoire ou indigeste. Je propose une satire jouant sur le paradoxe d’attraction/répulsion.
“Je m’intéresse à ce qui a de la valeur et pourquoi ou comment cette valeur est produite.[...] Cela permet de remettre en question la séduction qu’exercent les objets sur nous, tout en ne cachant pas leur toxicité. C’est un jeu qui peut nous faire rire, mais aussi nous faire sentir mal à l’aise par moments.”
ROTTENBERG Mika, Mika Rottenberg au MAC : Du plastique au cosmique. Mario Cloutier, La Presse. 21 mai 2022
A partir des règles que j’impose à travers les vidéos, des réactions imprévisibles, des gestes innovants ou alors des rires à gorge déployée émergent. Ainsi, je filme les adaptations individuelles et collectives qui découlent de ces situations, créant par conséquent de nouveaux gestes liés à l’ingestion d’un repas. Chaque objet introduit une gestuelle spécifique.
Ces fictions spéculatives proposent de dramatiser les actes du quotidien. J’évolue donc à travers ces cas d'étude pour développer ma recherche et mon travail. Je choisis de montrer nos abus en oubliant tout possible signe de sobriété, d’espoir ou de conscience. La balance ne basculera seulement qu’à outrance avec démesure et ironie. Je ne propose ici aucune rédemption possible. Tel un scénario cynique, je questionne comment notre relation avec le repas évolue face aux changements culturels et sociaux contemporains ? Et comment elle remet en question notre quotidien et risible futur ?
Dystopie de laboratoire ou simple expérience créative, libre à chacun de se projeter dans ces situations et de s’y sentir à l’aise ou pas. Pas question, bien entendu, d'être exhaustif et de présenter un panorama complet de ce qui forme notre quotidien alimentaire. Qu'on ne s'attende pas à être convié à un joyeux festin somptueux : tout au plus, nous mangerons quelques amuse-bouches, autour d'un apéritif humoristique.
Gastro-anomie : Nomie du grec “nomos” désigne un partage établie par des lois ou des coutumes, à l'inverse d’anomie formée à partir d'"anomia” qui est l’absence ou la violation de loi ou de normes, soit la disparition des valeurs communes d’un groupe.
“Le régime alimentaire devient l'objet d'une décision individuelle. Jusque-là, le choix s'imposait comme de lui-même, dicté qu'il était par les ressources, par le groupe, la tradition, les rituels et les représentations; voici qu'il revient en boomerang pour peser désormais comme une charge sur Y individu qui, à la lettre, a maintenant l'embarras du choix.”
FISCHLER Claude. Gastro-nomie et gastro-anomie. In: Communications, 31, 1979. La nourriture. Pour une anthropologie bioculturelle de l'alimentation. pp 189-210, p205

NOAM TORAN, Object for Lonely Men
© Noam Toran
NOAM TORAN, Object for Lonely Men
2001, Video shot on DVCAM
Sur le fond du film de Godard, A Bout de Souffle, un plateau sert d'exutoire aux désirs de l'homme. L'influence du film sur ses fantasmes se transforme en une action physique. Tous les objets créés pour cette vidéo signent une caricature de nos consommations et les fantasmes qu’ils suscitent. Un volant, une tête de mannequin féminin, un pistolet découpé, un chapeau, un téléphone, un journal Herald Tribune, des lunettes de soleil,... Un amas de toutes ces images et représentation du film servis sur son plateau pour combattre la solitude. Un film et quelques objets en guise de compagnie, rien de mieux face à la solitude actuelle.

MIKA ROTTENBERG, NoNoseKnow
© Philippe Boivin, LA PRESSE
MIKA ROTTENBERG, NoNoseKnow
2015
Entre burlesque et absurde, elle propose une immersion dans un monde à la fois imaginaire et des plus réel. L’artiste amorce une réflexion autour du travail à la chaîne et des conditions de travail qui s’y imposent. Une apparence singulière et absurde qui reflète en fin de compte la réalité de nos consommations. Elle alterne entre différents plans : des salles vides envahies de bulles d'air, la description minutieuse du travail de la perle, et le bureau de la propriétaire. De petits bouquets de fleurs, des pieds et des apparitions culinaires, cette extravagance dérange face à la rigueur et le savoir-faire à l'œuvre au sous-sol.
Elle crée ainsi des environnements dans lesquels évoluent un monde fictif.
J’ai dû multiplier les expériences et les sujets pour montrer la pluralité et l’infini que propose cette exploration. Je suis ici à la recherche d’un lâcher prise des sujets. Je laisse la possibilité d’un “pourquoi pas ?”.
On pourra ici au fil des expériences distinguer quatre comportements dans les expériences :
Le premier est le comportement de consommation qui assouvit les besoins fondamentaux des cobayes, ils vont essayer d'assouvir leur appétit. Au début, les cobayes respectent la règle énoncée avec étonnement et écoute, soit un comportement de subordination. Le suivant est l'évolution du précédent comportement, les sujets sont à la recherche d’adaptation, d’innovation, ils essaient d'aller au-delà de la règle formulée. Par l'amusement, l’absurdité, l'inattendu ou l’échec, cette étape peut se réaliser en solitaire ou en équipe. En choisissant l'union, les sujets recherchent une approbation de leur technique à l’autre ou une entraide. Ensuite, le dernier est un comportement de gratification quand l'expérience d’une action aboutit au plaisir, le sujet essaye de la renouveler.


Les bonnes manieres
sont demandees
a table
1. Tiens toi droit !
2. Eating Out
3. Repas de Noël
4. Sous les sunlights !
Dessert : Macarons
Tout comme la chaise à quatre pieds, la fourchette à quatre dents. Introduit sous Henri III à la cour, la fourche du diable s’est rapidement imposée comme un indispensable de la table. Son usage croissant tout d'abord pour éviter de se salir la fraise, à réussi à se faire sa place grâce à sa mise à distance. Chacun a désormais son propre territoire culinaire. On ne mange plus de mets dans lesquels d'autres doigts ont trempés. Puis le solo couteau est arrivé, suivi des verres individualistes, des chaises et avant qu'on le réalise, on s'est retrouvés éparpillés autour de la table, chacun avec son petit bout de pain et son assiette.
Ces couverts individuels, ce n'est pas juste pour éviter de se frotter les coudes ou les doigts avec les autres, c'est aussi pour créer une bulle personnelle de confort. Tous ces couverts individuels permettent effectivement de respecter l’autre, en mettant son propre corps à distance, mais surtout de créer une mini sphère personnelle et individuelle dans la convivialité. Qui a dit qu’on devait tout partager ! Ainsi chacun respecte ses règles pour ne pas risquer lui-même que sa propre sphère soit mise en cause.
Puis, ces règles se sont élargies, enrichies et transformées en règles de bienséance, de convenance et de bonnes manières. Les discours de justifications de ces règles de conduite ont progressivement changé.
Avec le temps, tout d'abord la propreté à table est devenue une évidence donc moins convoquée. Le respect reste roi, tout le monde est concerné, pas seulement les nobles. Fini le temps où seuls les seigneurs étaient attendus à la courtoisie de la table !
Maintenant, c'est surtout une question de maîtrise de soi. On ne se jette plus sur la cuisse de dinde comme un affamé. Les bonnes manières s'étendent à tous. Les règles de courtoisie, les guides de bonnes manières et les manuels de civilité imposent des pratiques de table et se conforment à ses nouvelles normes du repas. Ainsi, la liste des règles n’a cessé de s'allonger.
“Un dîner servi et consommé en dépit de toutes règles serait un carrousel sauvage [...] Il faut porter du linge propre, couper les poils de ses narines et de ses oreilles, tout cela en privé ; ne pas se singulariser ; ne pas (si l’on est un homme) porter quoi que ce soit de joli. Qu’est-ce que les hommes ont à faire de jolies choses ? ; ne pas rire continuellement, parler de soi ; ne pas discuter de personnes équivoques, faire un éloge trop prononcé de personnes absentes, parler de politique ou de religion, interrompre ou contredire, faire une cascade de calembours, parler par monosyllabes, mouiller ses doigts en distribuant les cartes (cette habitude courante est très vulgaire)”
LEBENSZTEJN, Jean-Claude. Manières de table, Bayard, 2004, 119p. p35
règles de conduite
“Ce qu’on appelle aujourd’hui savoir-vivre s’est d’abord appelé courtoisie, puis civilité, puis les bonnes manières. Ces termes ne sont pas interchangeables ; ils reflètent et façonnent tout à la fois les valeurs de la société dont ils émanent. “
LEBENSZTEJN, Jean-Claude. Manières de table, Bayard, 2004, 119p p37
Manuels de civilité
DE LA SALLE,Jean Baptiste. Les règles de la bienséance et de la civilité chrétienne,R. Florentain, 1736
RAISSON, Horace-Napoléon, ROMIEU, Auguste. Code gourmand, manuel complet de gastronomie, contenant les lois, règles, applications et exemples de l'art de bien vivre. J.-P. Roret, Paris, 1829. 363p
MEILHEURAT, Alfred. Manuel du savoir-vivre, ou l'Art de se conduire selon les convenances et les usages du monde. Paris, 1852. 143p

AXEL, Gabriel. Le Festin de Babette, 1987, 1h39m
1.TIENS TOI DROIT !
Il faut accorder une attention particulière à nos convives, veiller à leur confort.
Le repas est devenu un jeu de mimétisme et de bonnes manières, où chaque geste est scruté et chaque action pesée. Agir en fonction de, faire ceci et pas cela.
La table se mue en une scène de théâtre de politesse et de courtoisie. Les couverts et les assiettes deviennent des accessoires argentés, tandis que les entrées, plats et desserts se transforment en péripéties plus ou moins épicées ou sucrées. Et qui sait, peut-être même qu'une pause sera proposée avant le café ou la tisane brûlante, comme un entracte bienvenu avant le dénouement. Lever de rideau !

ALLAN WEXLER, Coffee Seeks in on level
© Allan Waxler
ALLAN WEXLER, Coffee Seeks in on level
1990
Voir comment agit son voisin de table, pour savoir comment agir soi-même. Symbole tout d'abord de coordination, l'expérience et l'objet oblige à porter son attention sur l'autre qui déguste son café pour permettre sa propre satisfaction. Le geste de l’autre est tout aussi important que le sien pour que cette chorégraphie à quatre fonctionne. Ici nous ne devons pas seulement observer si son invité est à l'aise et conquis par le café mais surtout construire ce moment, comme un partage à quatre de sa tasse de café.
“Rien dans les manières de table ne “va de soi”, rien ne peut être considéré comme [...] naturelle. Ni la cuiller, ni la fourchette, ni la serviette n’ont été inventées un jour, comme un outil technique, avec une finalité précise et un mode d’emploi détaillé : leur fonction s’est précisée peu à peu à travers les âges par l'influences directe des relations et des coutumes sociales”
ELIAS, Norbert. Sur le processus de civilisation : recherches sociogénétique et psychogénétique, 1939
Dans ce monde de conventions, l'humanité en a eu ras-le-bol. Terminé les sept couteaux, les trente-six assiettes pour chaque type de plat, et les services à vaisselle offerts en cadeau de mariage. Place à la Wonderbox !

MARTHA ROSLER, Semiotics of the kitchen
MARTHA ROSLER, Semiotics of the kitchen
6min
1975
La vidéo se veut parodique d’une démonstration de cuisine. Le film constitué d’un seul plan, l’artiste s’empare de différents outils en les énumérant dans l’ordre alphabétique. Au fil des minutes, leur sort est aléatoire, de plus en plus brutal et violent ou simple description. Elle simule le mouvement de la cuillère, écrase un fer à repasser ou lance une casserole dans un plat transparent. Les actions s'enchaînent. Posant la question de l'intériorité et l'extériorité comme un espace genré. On observe le personnage qui reflète les habitudes de la société de consommation.
La table et ses règles ont traversé des évolutions constantes au fil du temps. Cette transformation a abouti à notre situation actuelle, influencée bien entendu par tout ce qu’y a été décrit précédemment. La solitude, la diversité culturelle, les nouveaux modèles familiaux et même notre empressement ont tous joué un rôle majeur dans notre manière actuelle de concevoir les repas. Ces évolutions ont permis d’arriver à ce résultat. Il n'y a plus guère de temps pour dresser une table magnifique aux multiples accessoires.
À quoi bon, on ne mange plus ensemble ! Nous n’allons pas nous mettre sur notre trente et un pour mater notre série, autant se contenter d'un bol et d'un plaid en guise de robe de bal. Certains diront que nous avons gagné en confort, d'autres estimeront que nous avons perdu en élégance, et certains penseront simplement que la nouvelle génération ne se soucie plus des traditions. Il n'existe plus de modèle standard. Nous nous débattons à peine pour réussir à partager un repas ensemble, et encore faut-il s'adresser la parole.
COUP DE TORCHON
Un bol de nouille avec un bouillon - Vous devez finir votre assiettes en mangeant avec seulement le torchon
Comment utiliser un élément du repas et le déplacer de son usage de base ?
Adieu serviette de table à utiliser discrètement et avec finesse, le carnage arrive avec ce repas bien juteux. Un joli et délicieux jus de chaussette saveur végétarien. Les sujets se lancent vite dans l’apprentissage de technique de mise en bouche de l'élixir. Essorage, stockage, cuillère molle, tout est capable d’arriver à la bouche ou du moins au visage.
Leurs états et leurs élégances auraient fait retourner tout Versailles dans leurs tombes.
Sujet 27
Sujet 6
AMUSANT
PLAISIR
DEGOUT
MATIERE
AMUSANT
PLAISIR
DEGOUT
MATIERE
PRATICITE
FORME
DIGESTION
PRATICITE
FORME
DIGESTION
RECOMMANDATION
RECOMMANDATION
GUERRE DES POIS
Petit pois - Mangez à l’aide de pailles
Comment réduire le trajet entre l’aliment et la bouche dans un parcours plus direct et rapide, à travers la tendance du bubble tea ?
2 amies, 2 assiettes de petit pois et des pailles, quel mauvais combo… Au début, quelques petits pois sont tout d’abord gobés, puis avalés. Cependant très vite, des dizaines de petits pois volent et se dispersent dans la pièce tels des tirs de guerre dans la gueule de l’autre. Tous les stratagèmes sont possibles pour déguster ces perles vertes, dévorer à la baguette tel du riz, en shots de bubble tea ou écrasé en purée, les assiettes se vide.
Ici, nous pouvons vraiment observer que le jeu est aller bien au-delà du repas.
Sujet 46
Sujet 42
AMUSANT
PLAISIR
DEGOUT
MATIERE
AMUSANT
PLAISIR
DEGOUT
MATIERE
PRATICITE
FORME
DIGESTION
PRATICITE
FORME
DIGESTION
RECOMMANDATION
RECOMMANDATION
LES PEIGNES DE LA COLERE
Un bol de nouille avec un bouillon - Vous devez finir votre assiettes en mangeant avec seulement le peigne
Le peigne, c’est un peu une fourchette mille-pattes. Qu’est-ce que ça donne si on mange avec, est ce que ça accélère la prise du repas ?
Brushing garantie chez Hair’ Lis, telle une chasse au poux qui débute les cobayes démêlent les nouilles, qu’elles amènent à leurs bouches. Les graines de sésame restent coincées dans les dents du peigne et le jus coule lentement à leur extrémité. Entre rire et dégoût, les sujets sont plutôt désemparés durant l’expérience.
Sujet 42
Sujet 16
AMUSANT
PLAISIR
DEGOUT
MATIERE
AMUSANT
PLAISIR
DEGOUT
MATIERE
PRATICITE
FORME
DIGESTION
PRATICITE
FORME
DIGESTION
RECOMMANDATION
RECOMMANDATION
CARS
Croque monsieur, tomate cerise - Nourrissez l’autre
Comment introduire la vitesse et le jeu dans le repas ?
Course contre la montre ou juste volonté de nuire, un duel se prépare. Imaginez-vous maintenant au sushi à volonté 2.0 sur tapis roulant, avec des sushis qui déraillent, accélèrent ou vous esquivent, il est maintenant possible avec le turbo 2000 !
Très rapidement les sujets se prennent au jeu, ou du moins à la bataille.
Plus question de manger ou non, la réelle question est qui sera le vainqueur.
Sujet 5
Sujet 11
AMUSANT
AMUSANT
PLAISIR
DEGOUT
PLAISIR
DEGOUT
PRATICITE
DIGESTION
PRATICITE
DIGESTION
RECOMMANDATION
RECOMMANDATION
TIGE MEN
Spaghetti aux poivrons et arrabiata - Vous devez finir votre assiettes en mangeant avec ces tiges à velux
Comment mettre à distance l’usager et l’aliment ?
1 mètre jusqu'à 2 mètres d’envergure, les tiges s'entremêlent entre les pâtes. Les sujets élaborent plus d’une technique pour essayer d’attendre leurs bouches. Ils multiplient les possibilités.
Deux brushings à refaire, des baguettes géantes sales et une table à laver…
Sujet 56
Sujet 28
AMUSANT
PLAISIR
DEGOUT
MATIERE
AMUSANT
PLAISIR
DEGOUT
MATIERE
PRATICITE
FORME
DIGESTION
PRATICITE
FORME
DIGESTION
RECOMMANDATION
RECOMMANDATION
SAUVEZ WINTER
Spaghetti aux poivrons et arrabiata - Mange avec ce dauphin
Et pourquoi pas, le dauphin ?
Après quelques secondes de réflexion, le dauphin plonge dans la mer rouge puis s'heurte à des icebergs et des courants forts. Toutes les nageoires vont être utiles, l’une après l’autre glissèrent sous les flots.
Sujet 17
AMUSANT
PLAISIR
DEGOUT
MATIERE
PRATICITE
FORME
DIGESTION
RECOMMANDATION
Mais attention, ne faisons pas n'importe quoi non plus, surtout pas devant les invités ! Si nous recevons des gens, il est impératif de sortir la grande artillerie : on change la nappe, on ressort l'argenterie de grand-mère, on dépoussière les verres à pied et on étale les serviettes en lin. Parce que chez soi, tout est permis, mais pas devant les invités ! Finalement, nous parvenons à garder une certaine allure devant autrui. Question de fierté, après tout. Il faut avoir fière allure.

OSTLUND, Ruben. BANG, Claes. MOSS, Elisabeth. The Square, 2017, 2h22m
2. EATING OUT
Bon attention, ce n'est pas totalement un adieu total des bonnes manières ! Soyons présentables devant les gens et surtout en extérieur. Les restaurants ! Ces temples de la gourmandise où l'on se retrouve pour festoyer, se régaler et parfois même se disputer avec la serveuse pour avoir un supplément de frites ! Imaginez-vous en 1765, à Paris, où Monsieur Boulanger décide d'ouvrir une boutique servant des "bouillons restaurants", pied de mouton et sauce blanche au menu. Ça a fait un sacré boucan dans le quartier ! Fini le monopole des traiteurs, voilà que l'on peut enfin se restaurer sur place, à l'heure qui nous convient ! Cette invention s’inscrit dans une évolution des cafés apparue un siècle plus tôt.
Et là, ça a été la révolution (française, bien sûr) ! Des centaines deviennent des milliers de restaurants sous la Restauration. Les chefs cuisiniers de la noblesse sont mis au chômage par les événements politiques. Puis la présence de nombreux bourgeois seuls à Paris joue dans la balance. Arrive ainsi, l'avènement des salles climatisées avec un serveur daignent venir à la table qu’on connaît actuellement. Quatre facteurs clés ont propulsé ce succès gastronomique : la liberté à tout homme de manger à l'heure qu’il veut, sans dépasser le budget fixé au début du repas. Tous nos petits-bourgeois ont fini sur la paille ! Ensuite le consommateur à la possibilité de se désaltérer avec toutes sortes de breuvages divins (ou pas) qu’il jugera bon d’ajouter au festin. Enfin c’est un lieu pour emmener sa famille pour tout homme dépourvu de talent culinaire.
Le restaurant transforme le festin en commerce. On peut maintenant se gaver de ce qu'on veut, quand on veut et en compagnie de qui on veut. Que ce soit un repas solitaire (parce qu'on n'a pas trouvé d'ami assez courageux pour nous accompagner), un rendez-vous romantique (avec des spaghettis qui se terminent forcément en scène de baiser tel un remix de La Belle et le Clochard), ou une simple bouffe entre potes, le restaurant s'impose comme un lieu de rassemblement gustatif et festif !
Alors, que la fête commence ! Dans un restaurant, le seul régime acceptable, c'est à la sauce béarnaise !
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VINTERBERG, Thomas. Festen. Danemark, 1998, 1h41m
3. REPAS DE NOEL
Maison : 10 h : Le réveil sonne et je me traîne hors du lit, descendant dans la cuisine où tout le monde s'entasse autour de la table du petit-déjeuner devenu trop petite avec le temps. Après avoir habillé et occupé les plus petits, je parviens enfin à m'octroyer quelques minutes sous la douche, où il reste miraculeusement un peu d'eau chaude. Pendant que je me pomponne, l’un de mes frères se coiffe et mon père se rase.
Salle des fêtes : 11h55 : J'arrive avec quelques minutes d'avance, suffisamment pour choisir stratégiquement ma position, je m'entoure de mes frères et sœur, histoire d'avoir des alliés captivants autour de moi. Toujours garder un œil sur le général, la mama, au cas où un cousin ou une tante oublierait qui nous sommes. S'ensuit une série interminable de bises et de salutations, entre politesses et discussions aux sujets plus ou moins variés : maladie, fracture, souvenirs de la gastro collective du Noël passé (il hante encore les esprits). Je reste plantée là, tendant la joue, souriant et riant. Après plus de 140 bisous bisous aux 14 tatas et tontons, puis la quarantaine de cousin-e-s et l'autre quarantaine de petit-cousin-e-s, il est grand temps d'humidifier ses palais asséchés et de remplir ces ventres affamés.
12h30 : Les amuse-gueules, coupes et toasts font leur entrée en scène. Les héros ! C'est le moment de changer de position et de choisir de nouveaux partenaires afin de mélanger un peu les cartes. On a soigneusement sélectionné les bonnes tantes pour glaner toutes les actualités familiales : Un choix d’étude foiré, une copine absente, un mariage, un divorce, un enfant, une nouvelle copine,..tous les actus en direct live.
Il est grand temps de passer à table.
13h30 : Le repas débute, les heures défilent… entrée, plat, fromage, dessert, cafés sont ingurgités.
16h00 : Un moment pour souffler, les assiettes retournent en cuisine et tous les tontons s’arment de leurs cartes, mission tarot ou belote et tout autres divertissements font leurs apparitions. Semblable à un commerce pyramidal, les tables de jeux se forment.
Regels de Tarot
Niveau professionnel : Interdiction de jouer si vous ne comptez pas un peu les cartes et les atouts,
La possibilité d'accéder à ces tables se fait seulement sur recommendation.
Niveau amateur : T’as pas intérêt à lâcher ton bout au premier tour !
Niveau débutant : Bah, tu ne joues tout simplement pas aux cartes et tu chopes une table pour faire des jeux de société et puis t'attendra l'année prochaine pour réessayer.
18h00 : Un oncle se volatilise, quelques tantes entament une sérénade, et voilà que le Père Noël fait son entrée. Le petit Pierre-Yves, la petite Margaux, oh, le tout petit Robin ! Chacun récupère son cadeau. La magie de Noël, dit-il !
Toutes ces interludes pour finalement retourner à table pour le souper.
20h : Le pâté de la tata et la soupe huileuse des restes du midi assaillent le buffet. On se rue pour attraper son bout de pain, car les provisions sont serrées. Le deuxième service arrive entre les restes de fromage et le dessert.
Le tiramisu aux fruits rouges de la cousine, l'immanquable, à prendre !
A l’année prochaine la famille !

4. SOUS LES
SUNLIGHTS !
DUPIEUX, Quentin. Mandibules, 2020, 1h17m
Ah, le retour du beau temps ! C'est comme si soudain, tous les manuels de bonnes manières nous encourageaient à prendre nos repas en plein air. Adieu les salons guindés, bonjour les barbecues endiablés ! Les pique-niques champêtres et les apéros interminables sous le soleil brûlant ! On se sent tellement plus libre qu’au buffet ça s'est sûr. Pas besoin de se soucier des couverts et des assiettes, juste le plaisir de saisir une saucisse bien grillée entre ses doigts et de la tremper généreusement dans la sauce, tout en essayant de ne pas se tacher.
Sans couvert et assiette, ils ne restent plus qu'à trouver des sujets de conversations tout en sirotant son verre de punch. Les conversations fusent aussi rapidement que les étincelles sur le gril. On discute de tout et de rien, du dernier match de foot en passant par les potins du quartier. Pendant ce temps, on se transforme en saucisse grillée nous-mêmes.
Et quand vient le moment de se prélasser dans l'herbe après s'être gavé, on se dit que vraiment, la vie est belle. Pas besoin de nappe en lin ou de serviettes assorties, il faut juste se remplir la panse de bonne humeur et de grillades. Qui aurait cru que les bonnes manières pouvaient être si délicieusement désinvoltes ?
Après avoir savouré des heures d'apéro barbecue sous le soleil, l'idée d'un pique-nique en pleine nature semblait être le prolongement naturel de nos aventures culinaires estivales. Armés de nos sacs à dos pleins à craquer, nous avons entamé notre expédition à la recherche d’un spot parfait pour notre déjeuner en plein air. Le pique-nique c’est l’apéro version aventure qui est un peu moins glamour que prévu. Avec des sandwichs fades, des chips écrasées et deux ou trois tomates cerise. Finis les murs monotones de la salle à manger d'en face, place au mode fond d'écran aléatoire ! Sommet de montagne, coucher de soleil romantique, ou aire d'autoroute décrépite... La météo ? Soleil, pluie, ou les deux à la fois, qui sait vraiment ? Tout ce qui compte, c'est l'aventure culinaire, même si les provisions sont aussi palpitantes qu'une chasse aux trésors dans un bac à sable.
Après tout, même un pique-nique raté peut devenir une anecdote mémorable à partager autour d'un bon repas, à condition d'avoir le bon état d'esprit.
PIQUE NIQUE SUR VR
Sandwich, tomate cerise, betterave - Réussir à manger à travers le dessin du repas dans le casque.
Le pique-nique futur quand il ne fait pas beau, la VR illusion du réel ?
Dessin de l’espace dans le casque, comme une image fixe, un présent figé. Petit à petit, tomates roulent, betteraves s'éparpillent et sandwichs disparaissent. Décalage entre la réél et irréelle, studio et nature, l'image du début semble dissonante de la réalité de la finalité du repas.
Sujet 23
AMUSANT
PLAISIR
DEGOUT
PRATICITE
DIGESTION
RECOMMANDATION
Dessert : Macarons
Sommes-nous devenus malpolis ? Où sont nos règles de politesse ? Sont-elles juste devenues plus souples ? Nous risquons tous une boulimie suite aux transformations et de la modularité du repas. On dépasse assurément le stade du retour en arrière. Nous avons plus d’un siècle d'évolution et de modification derrière nous.
Au lieu d’imaginer un passé autant penser à un futur, qui peut assurément être absurde. Nous avons un siècle de modification devant nous ! Rien ne pourra radicalement changer nos manières. Et sans billet retour, elles prennent du terrain. Le repas est devenu bien plus qu’une quinzaine ou vingtaine de bouchées de purée jambon. Il évolue à travers les frontières, les régimes, les apparences mais surtout autour de la table de la salle à manger.

La vie toujours
plus ultra fast !
1. Pardon, je dois passer !
2. Un McFirst à emporter s’il vous plait
3. Offre fidélité -10% avec le code UBEREAT10
4. Fast life
5. Une main lave l’autre
6. Pas de Bol...
Dessert : Eclair au café
Chaque habitude alimentaire compose un minuscule carrefour d’histoires. Dans “l’invisible quotidien” ou le système silencieux et répétitif des servitudes quotidiennes dont on s’acquitte comme par habitude, l’esprit ailleurs, dans une série d’opérations exécutées machinalement dont l'enchaînement suit un dessin traditionnel dissimulé sous le masque de l’évidence première, s'empile en fait un montage subtil de gestes, de rites et de codes, de rythmes et de choix, d’usages reçus et de coutumes pratiquées. [...] On fait ainsi parce qu'on a toujours fait ainsi, à peu de choses près, chuchote la voix du peuple des cuisines ; pourtant, il suffit de voyager, d'aller ailleurs pour constater que là-bas, avec la même certitude tranquille de l’évidence, on fait autrement sans davantage chercher à s’en expliquer.
DE CERTEAU, Michel. GIARD, Luce. MAYOT, Pierre. L’invention du quotidien 2.Habiter, cuisiner, Paris : Gallimard, 1994. 415p p240
Le repas, c'est-à-dire la forme socialisée et codifiée de l'acte alimentaire tend de plus en plus à être concurrencé par un mode d'alimentation fractionné. Il se fonde sur des prises multiples, un grignotage constant, qui échappe par conséquent aux contraintes et aux contrôles socioculturels traditionnels. C'est ainsi que des travaux américains nous montrent que le repas ensemble est pratiquement en voie de disparition aux Etats Unis, et cela depuis bien longtemps. Il arrive que l'on se trouve réunis autour de la table du dîner familial que deux ou trois fois par semaine et le repas ne dure guère plus de vingt minutes. Les mêmes travaux nous montrent que la moyenne du nombre des prises alimentaires dans la journée est d'une vingtaine et que, dès lors, le rythme supposé des trois repas quotidiens n'est plus qu'une survivance.
Notre modèle alimentaire tend à de plus en plus à ressembler à celui de nos homologues américains. La mondialisation trouve un ancrage sûr à travers l’alimentaire et nos modes de consommation. Il est difficile de visualiser la diversité actuelle de nos aliments, par leurs aspects périssables et obligatoirement éphémères. On ne les stocke pas comme de la musique dans des playlists tel des medley mondiaux, ou coincé dans nos armoires remplies de vêtements de tout genre, styles et origines. L'aliment est tout autant un objet de représentation de cette diversité et des multitudes de produits importés et collectionnés dans notre organisme. Qu'importe les aliments, la nationalité, la saison. Il est maintenant possible de manger n’importe quoi, n'importe quand et à tout moment.
Analyses tirées de HESS,John. HESS,Karen. The Taste of America, New York, Penguin Books, 1997. 384p

KYOICHI TSUZUKI, Happy Victims
© Kyoichi Tsuzuki, Happy Victims, Jane Marples, 2000-2002
KYOICHI TSUZUKI, Happy Victims
1999-2004
Un temps d’arrêt, Kyoichi Tsuzuki offre une immersion dans la vie privée japonaise. Prison ou fétichisme du vêtement, la mode est devenue objet de culte et miroir d’une aspiration personnelle.
Ces mises en scène participent à la construction de l'identité de chacun. Un regard distancié analysant, les consommations et le monde qui l’entoure. Il témoigne bien plus de l’empathie, teintée de légèreté ironique, dont l’auteur fait preuve face au désir de possession qui animent ces « heureuses victimes».

ANASTASIA EGGERS, Gouda Embargo
© Ronald Smits Photography
ANASTASIA EGGERS, Gouda Embargo
2017
A travers le bias de la nourriture, le projet mène une enquête sur les cultures culinaires de l'identité locale. En mettant en lumière les tensions et les frictions culturelles de la mondialisation, le projet joue avec la nativité des produits. Une nation fière de ses traditions qui ne remet pas en question la façon dont ces traditions ont été construites. Ce travail critique met en évidence les tensions et les frictions culturelles de la mondialisation.
Et la question qui reste est : Et si le gouda était russe ?
Ainsi, le mangeur moderne ne sait plus ce qu'il mange. Ses repères et ses critères les plus fondamentaux sont brouillés et trompés. Entre le mangeur-consommateur et ses aliments, il n'y a plus aucun lien d'appartenance commune. L'aliment devient objet. Un artefact sans histoire. Les steaks hachés ne contiennent plus de viande. Les fruits sont traités. Les vins sont coupés, chaptalisés, soufrés. On apprend l'existence d'additifs, de conservateurs, de colorants. La technologie alimentaire parvient aujourd'hui à manipuler tous les caractères sur lesquels se fondait notre reconnaissance des aliments. Elle en use et en abuse pour stimuler la consommation. Ainsi, la nourriture évolue et se place d'elle-même hors cadre et hors-temporalité. On consomme l'étrange comme de l’ordinaire. L'anonymat des produits est toléré au détriment de sa qualité.

MICHEL BLAZY, Circuit fermé, Bar à oranges
2012
Dans cette multitude de cycles alimentaires inconnus et sans origine confirmée, Michel Blazy, durant cette exposition, propose au menu un partage entre animaux et humains en cycle court. Une salle, une table, deux chaises pour déguster un carpaccio de bœuf, cependant la salle est pleine d'insectes eux tout autant affamés. Pendant la dégustation, l'invité déguste tout autant que les insectes les dévorent. Le sang circule de l’homme à l’animal en circuit fermé. Ensuite Michel Blazy, vous propose un petit jus pour digérer. Montagne de pelures d’orange se superposent, pourrissent et moisissent, signe du passage. Mais surtout du temps qui s’accompagne par ces mouches de vinaigre qui ensuite attirent les araignées. Ainsi tous types de visiteurs participent aux repas. Ces deux expériences mettent en valeur une chaîne alimentaire à travers leur mutations, décompositions et leur éphémérité.
1. PARDON,
JE DOIS PASSER !
Que ce soit dans les rues animées, les parcs verdoyants, au travail ou même ailleurs, on ne compte plus le nombre de personnes qui dégustent leur repas en se déplaçant. Le phénomène du "manger en marchant", une pratique devenue monnaie courante dans nos sociétés frénétiques, surtout dans les zones urbaines où le temps est toujours compté !
C'est un peu comme une danse rythmée entre l'usager pressé et son estomac affamé. On jongle entre les bouchées et les pas pressés, comme si chaque instant était précieux. Qui a le temps de s'asseoir et de savourer tranquillement un repas quand il y a tant de choses à faire ?
Seul les grands critiques culinaires peuvent se le permettre maintenant,
“Une bonne baguette de quartier, du jambon gentil, un beurre salé. Le jambon-beurre a la nature conciliante. J’ai croqué le bazar et, dans ma tête, il y eut comme une pluie d'étincelles, de notre jolies, de cliquetis, joyeux, les tambours de la mastication, les basses, les cornes. Bref, la symphonie pour une baguette majeure en raffut joyeux. J’étais content, tellement content.”
SIMON,Francois. Poétique Jambon-Beurre. Bouquins documents, 2022. 252p p 10
Et puis, il y a cette sensation de liberté, de vivre pleinement le moment présent tout en satisfaisant nos besoins les plus basiques. C'est comme si chaque pas nous rapprochait un peu plus de notre prochaine aventure culinaire, un véritable festin à chaque coin de rue !
Alors la prochaine fois que vous croisez quelqu'un en train de manger en marchant, ne soyez pas surpris. C'est juste un autre jour dans la jungle urbaine, où chaque bouchée est une victoire sur le temps qui file à toute vitesse !
En 1936, lors des premiers congés payés, l'esquimeau en est un parfait exemple. Auparavant, seulement quelques sorbets à l'eau et des crèmes aromatisées aux parfums bien restreints existaient. Vous allez me dire pourquoi parler de glace dans cette course. Le conditionnement des crèmes glacées sous forme de bâtonnet enrobé de glace qui se mange d’une main a décuplé la mobilité du cornet de glace traditionnel, rendant possible son industrialisation. C'est comme si la glace elle-même avait été repensée pour s'adapter à notre mode de vie toujours en mouvement.
Je pointe du doigt l'impact de cette innovation sur la mobilité urbaine. Avec l’esquimeau, vous pouvez savourer votre glace tout en vaquant à vos occupations, que vous soyez à pied ou au volant. Avec une main occupée par votre délicieuse barre glacée, qui aurait le temps de jongler avec un levier de vitesse ? Est-ce là le succès des boîtes de vitesses automatiques aux Etat-Unis ?
C'est une véritable histoire de transformation et d'adaptation où la glace n’est qu’un petit exemple du lot, cette douceur glacée, devient un compagnon de voyage fidèle pour nos suractifs citadins. Et c’est grâce à cette multitude d’innovations qu’on peut désormais déguster nos mets préférés tout en menant nos vies effrénées. Mais, une bouchée à la fois !
MARCHE VERS LE FUTUR
Un bol de nouille avec un bouillon - Vous devez bouger, marcher avec le bol
Comment réussir à marcher et mener une chorégraphie avec les autres dans l’espace ?
Les 3 sujets commencent tout d’abord à marcher timidement avec leur bol en main, tous les trois remplis du bouillon. Ils ont pu choisir fourchette et/ou cuillère pour les aider dans cette expérience. Petit à petit aux fils de la danse, ils profitent d'une gorgée ou deux pour se permettre des mouvements plus osés, petit à petit ils accélèrent, partagent, reculent et tournoient tout en mangeant. Très vite les bols se vident, les participants finissent petit à petit au fil de leur pas cette courte balade dégustative.
Les sujets se sont pris au jeu, l’un entraînant l’autre, une réelle chorégraphie s’est installée intégrant un mouvement corporel intégral à la digestion de ce repas.
Sujet 33
Sujet 27
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2. UN MCFIRST
A EMPORTER
S'IL VOUS PLAIT
Et si je revenais un peu sur la nourriture au volant…
Tout devient une histoire de gain de temps. Une petite faim dans le bus, un emploi du temps serré et un rendez vous urgent qui se conclut en sandwich au volant.
Qui n’a jamais craqué après une longue journée, deux enfants à l’arrière de la voiture affamés et un énorme logo jaune qui brille dans la pénombre…
Les services au volant ont véritablement révolutionné notre façon d'interagir avec la nourriture ! Autrefois, le fast-food se résumait à manger sur place ou à emporter dans des sacs en papier, mais avec l'apparition des services au volant, l'expérience de la restauration rapide a fait un bond en avant en termes de commodité et d'accessibilité.
McDonald's a instauré des menus standardisés et des processus de production rapides dès les années 1950 et 1960. L'essor de l'automobile a ensuite ouvert la voie à une nouvelle innovation : le service au volant. D'un coup de volant, les clients pouvaient commander et récupérer leur repas sans même sortir de leur voiture, offrant un niveau de commodité inégalé.
Ils permettent de se restaurer rapidement sans s'attarder avec un repas complet. Ensuite, ils s'intègrent parfaitement à notre mode de vie moderne, offrant une alternative rapide et abordable aux repas cuisinés à la maison. Les repas à emporter et les services au volant ont transformé l'industrie de la restauration rapide en offrant une expérience plus pratique, personnalisée et accessible que jamais. Avec une innovation continue et une adaptation aux besoins changeants des consommateurs, ces services continuent de dominer le paysage de la restauration rapide moderne. Une révolution qui peut se résumer à la simple apparition du repose-verre dans la voiture.
SOUP DRIVE
Assiette creuse de soupe et chocolat chaud - Mangez, si vous le pouvez
Comment réussir à manger en voiture, si le chauffeur est pressé ?
Un coup à gauche, un coup à droite et hop un dos d'âne, la soupe est déjà sur les fauteuils. Super le lavage… Les sujets cherchent à anticiper et prédire les gestes du chauffeur fou. Mais la conduite est imprévisible. Nous pouvons observer une préférence à rire et simplement jouer avec la nourriture plutôt que réellement manger proprement. L’expérience se transforme petit à petit en tour de manège ou plus personne ne veut s'arrêter. Je finis par rallonger cette expérience pour faire durer le plaisir et les rires le plus longtemps possible.
Sujet 21
Sujet 24
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3. OFFRE FIDELITE
-10% AVEC LE CODE
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La nourriture de l’extérieur s'implante de plus en plus dans notre sphère domestique. Aujourd’hui le plus grand concurrent et complice des restaurants et des drives est bien la nourriture à emporter ! L'ère de la gastronomie nomade ! Même plus besoin d’aller la chercher, la commande est déjà là. Jamais auparavant il n'a été aussi facile de déguster un repas sans même quitter son canapé. L'innovation dans le domaine de la restauration à emporter, des services de livraison à domicile a littéralement révolutionné nos habitudes alimentaires.
Avec une croissance annuelle moyenne de plus de 10%. Rien que ça, c'est ce que j'appelle une appétissante opportunité d'affaires ! En 2023, UberEats comptait plus de 66 millions d'utilisateurs actifs mensuels. Et croyez-moi, ça ne s'arrête pas là !
Alors ne nous arrêtons pas en si bon chemin, près de 60% des consommateurs américains commandent des repas à emporter au moins une fois par semaine. Et de l’autre côté du globe, c’est la même chose, 54 % de la population urbaine chinoise utilise des services de livraison. 85 % ont entre 18 et 40 ans, et 36% ont entre 18-25 ans, représentant le principale la clientèle. Actuellement, le marché de la livraison de repas en Chine occupe la première place mondiale, dépassant de trois fois celui des États-Unis.
Des chaînes de restauration rapide aux restaurants haut de gamme, tout le monde saute dans le train en marche de la cuisine à emporter. Près de 70% des Français ont commandé des repas à emporter au moins une fois au cours de l'année écoulée. Mais la tendance ne se limite pas à la livraison de repas à domicile. Que dire de la cuisine à domicile ? Les box repas, qui fournissent tous les ingrédients nécessaires pour préparer des repas équilibrés à la maison ont également le vent en poupe.
Le luxe ultime de notre époque moderne, autrefois réservé aux reines et aux rois, est devenu le rituel sacré du consommateur contemporain. La routine du vendredi avec de la pizza pour les enfants ? Et hop, on oublie l’époque du lundi, c’est ravioli ! Plus le temps de faire les courses, plus le temps de cuisiner. C'est devenu plus qu'une habitude, c'est devenu un événement familial digne des plus grandes cérémonies.
Pourquoi l'usager se tourne vers ces solutions ? Confort ? Rapidité ? Fainéantise ? Découverte ? Je choisirais l'argument de la facilité aujourd'hui. L’individu contemporain décide plusieurs fois par jour ce qu’il mange. Il choisit ou il fait ses courses, il choisit ce qu’il achète, il choisit ensuite dans son frigo, il choisit au self de la cantine, il choisit sur la carte du restaurant, il choisit la meilleure offre sur Uber Eat. Cela peut devenir une véritable tyrannie du choix, c'est comme une quête épique pour trouver le Saint Graal culinaire, mais la recherche peut être plus éreintante que prévue. Plus les choix sont nombreux, plus l’individu est tiraillé par des envies diverses, et plus il est déchiré par des rationalités souvent contradictoires. La fatigue du choix guette le consommateur hypermoderne.
Ainsi, l'innovation dans le domaine de la restauration à emporter, des services de livraison comme UberEats et de la cuisine à domicile a véritablement changé la donne. Que vous soyez un amateur de burgers, un fan de sushis ou un adepte de la cuisine maison, il n'a jamais été aussi facile de satisfaire vos papilles gustatives sans même quitter le confort de votre foyer. Alors, à vos commandes.
NGUIMBI, Peko Colombe. La livraison de repas à domicile en Chine : un marché en plein essor, Université Paris Nanterre, 2023, p63
iiMedia, graphique réalisé par Daxue Consulting, 2021, https://daxueconsulting.com/o2o-food-deliverymarket-in-china/
Matt Sheehan, Sharon Du, “How Food Delivery Workers Shaped Chinese Algorithm Regulations”, 2022,
https://carnegieendowment.org/2022/11/02/how-food-delivery-workers-shaped-chinese-algorithm regulations-pub-88310
Institut de recherche de Meituan, graphique réalisé par Daxue Consulting, 2021,
https://daxueconsulting.com/o2o-food-delivery-market-in-china
4. FAST LIFE
“Aujourd'hui, c'est de plus en plus l'alimentation qui est soumise aux contraintes du travail : avec la journée continue, les pauses minutées, une sorte de taylorisme alimentaire se généralise de l'usine au bureau. L'alimentation familiale subit directement les conséquences de cette emprise croissante de l'univers laborieux. Les rituels commensaux s'effritent, l'alimentation s'individualise.“
FISCHLER, Claude. Gastro-nomie et gastro-anomie. In: Communications, 31, 1979. La nourriture. Pour une anthropologie bioculturelle de l'alimentation. pp 189-210 p 203
Bien que le français reste encore attaché à la tradition des 3 repas par jour, la société s'accélère, la vie se précipite, ce qui pousse les usagers à subir leur mode de vie et de consommation. La fameuse course contre la montre dans nos vies modernes continue ! Fini les longues heures passées en cuisine à préparer un festin digne d'un roi ! Maintenant, c'est : “Pourquoi faire mijoter un plat pendant une heure quand on peut se faire livrer en 10 minutes un repas d’un autre pays ?”
Etude de Insee
Le temps de l’alimentation en France, Thibaut de Saint Pol, Laboratoire de sociologie quantitative, Crest - Layla Ricroch, division Conditions de vie des ménages, Insee
https://www.insee.fr/fr/statistiques/1281016

MATTEO PENZA, Apérimètre
Avec Lara Spadari et Charles Wicquart
2022
A courant inverse, ces trois designers recherchent la lenteur. Goutte à goutte, l’anis descends arrive tout doucement dans le verre tant convoité. L’apérimètre est le distillateur de la patience, l’outil permet d’être à l'affût de remplissage de son verre tout en étant outil de conversion. Que faire, le temps ou l’on ne boit pas? L’invention est ludique et cruelle. Instrument cadence un rituel fondé sur l’ingestion d’aliments apéritifs. Plus de gavage à la cacahuète et aux chips avant le repas …
MATTEO PENZA, Apérimètre
C'est comme ça que des génies des fourneaux modernes, tels que des start-up comme Feed ont eu l'idée de nous fournir des repas sous forme de liquide ou de barre. Plus besoin de se demander quoi faire à manger, hop, un petit shake ou une bouchée et c'est réglé !
Parce que, bon, on peut bien dire que la nourriture c'est la vie, mais qui a dit qu'on devait y passer des heures ? Il ne reste plus de temps pour manger. Plutôt que d’insister sur l’impact de l’organisation sociale du temps sur ce que l’on mange et sur la manière dont on la mange, je m’efforcerai d’aborder le problème en sens inverse.
La vie moderne ressemble de plus en plus à un marathon sans fin. Dans le monde du travail, c'est l'overdose assurée. Dans nos vies personnelles, c'est pareil. Même notre rapport à la technologie en est témoin. On est constamment connectés, toujours plus disponibles.
Et pendant ce temps, les rythmes de la société changent. Les villes ne dorment plus. On court après le temps, après la productivité, après cette illusion d'efficacité qui semble toujours nous échapper.
En somme, la vie moderne ressemble de plus en plus à une course folle, où l'on court sans jamais atteindre la ligne d'arrivée. On se perd dans cette frénésie. Au milieu de ce tourbillon incessant, le repas semble disparaître, englouti. Dans notre quête perpétuelle de productivité et de performance, nous sacrifions parfois des moments essentiels de pause. Ce rythme effréné met au second plan l'importance de ce besoin vital.
FAST'N BAGUETTE
Petit pois, aile de poulet et coquillette - Vous faites une course, vous pouvez utiliser autant de baguettes que vous voulez, sans toucher l’assiette
Réussir à mener une course à la baguette ?
Deux personnes, deux assiettes et huit baguettes pour manger, la course est déclarée. Très vite, le sujet n°1 s’approprie plusieurs baguettes qu’elle manipule de ces 2 mains. Le poulet semble difficile à manger. Avec six baguettes en main, elle se forme un nouvel objet pour racler efficacement le fond de son assiette en agrandissant la surface de son ustensile. Pendant que le sujet n°2 multiplie, retourne et mange avec trois baguettes dans sa main droite. Les deux sont au même niveau d'avancement, la compétition est rude mais agréable. Sujet n°1 gagne.
Une réelle compétition est née, le repas s’est installé en second plan face à la course effrénée qu’ils ont menée.
Sujet 9
Sujet 8
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SITUATION LOUCHE
Spaghetti aux poivrons et arrabiata - Vous devez finir votre assiettes en mangeant avec votre cuillère
Est-ce réellement agréable et plus rapide de manger à la louche quand toutes les fourchettes sont sales ?
Rendez-vous aux chandelles, sans chandelle mais au moins on a les pâtes. Le rendez-vous commence autour de deux assiettes de pâtes, chacun muni d’une louche commence leur conversation. Les grosse bouchés s'enchaînent, après quelques grosse bouchés, l’assiette se vide rapidement.
Une compétition des plus romantique, tel un rouge à lèvre qui aurait débordé, les sujets finissent écarlates, le feu aux joues.
Sujet 19
Sujet 37
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CARRIE POTTER
Purée, jambon - Mangez avec ces brosses à dents
Comment accélérer la routine du midi ?
Tel un Chaplin comportement, le nouveau modèle brosse à dent 2en1, vous permet de gagner du temps sur vos tâches du quotidien.
Sujet 25
Sujet 2
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J'EN PINCE POUR TOI
Riz coco - Finissez votre assiette, vous avez tout votre temps
Comment ralentir la prise du repas, dans un schéma plus lent ?
Petite graine, après petit graine puis encore des petites graines de riz, comme on dit chacun son rythme mais ici s'épiler le bras aurait été plus rapide. Peu d’adaptation, peu de joie, surtout de la longueur. On se sait plus prendre son temps…
Sujet 21
Sujet 27
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PRATICITE
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MONGKOLSIRI, Sittisiri. Hunger, 2023, 2h25m
5. UNE MAIN
LAVE L'AUTRE
Même plus besoin de prendre du temps pour faire la vaisselle, le burger est dans son emballage, la salade et le poké bowl sont dans leur bol, les sushis dans leur barquette et même les sauces et les couverts sont là. De la porte au salon, même plus besoin d'un détour dans la cuisine, tout est fourni.
La fast machine a fait que nous n’avons plus à nous préoccuper des couverts. L’usager est incertain. Il ne connaît pas son futur, le temps qu’il aura, ces goûts. Il ne peut pas apporter tout son placard dans la boite à gant de sa voiture. Et surtout, il est pressé. Il a le temps de déposer seulement quelques crocs dans son repas.
Manger avec les mains, c'est comme retourner à nos racines gastronomiques préhistoriques, mais avec un côté moderne. Un acte ancestral empreint de connexion et de tradition, transcende les barrières culturelles pour révéler une expérience sensorielle unique. Loin d’être simplement une méthode de consommation, c’est un rituel qui évoque des festins communautaires et des souvenirs d’enfance.
“Il s’agit d’autre part d’une nourriture que l’on prend en main, d’une sensualité plus immédiate, plus régressive, que lors d’un repas pris autour d’une table. On porte l’aliment à sa bouche sans médiation, la stimulation olfactive en est accrue et se conjugue à la tactilité.”
LEBRETON, David. Le monde des saveurs. Métailié, 2006. 451 pp 375
Dans de nombreuses cultures à travers le monde, manger avec les mains est bien plus qu’une simple pratique culinaire ; c’est une expression profonde de l’identité culturelle. Que ce soit en dégustant un plat de curry épicé en Inde, en partageant un festin de injera en Éthiopie, ou en savourant un barbecue aux États-Unis, manger avec les mains dépasse les frontières géographiques pour unir les gens autour de la table, dans une communion sensorielle et sociale sans pareille.
“Les doigts sont nos capteurs. Ils devinent tout. Savent déjà le chaud, le brûlant, le froid, pressentent l'attendrir, le profond, le gluant. Ils envoient déjà les signaux à l’estomac, comme les ordres dans un sous-marin en plongée. [...]Les doigts sont l’érotisme de l’appétit.”
SIMON,Francois. Poétique Jambon-Beurre. Bouquins documents, 2022. 252p
Les mains, avec leur sensibilité tactile, permettent une interaction directe avec la nourriture, amplifiant ainsi chaque nuance de saveur et de texture. Les épices exhalent leur parfum envoûtant, tandis que les grains de riz ou les morceaux de viande transmettent leur chaleur réconfortante à travers les doigts. C’est une immersion totale dans le repas, une fusion intime entre l’homme et son alimentation. Pourtant, malgré sa richesse sensorielle, manger avec les mains a parfois été stigmatisé dans les sociétés où l’utilisation des ustensiles est la norme. Maintenant, renoncer aux couverts advient à dire "Désolé les gars, vous êtes mis en congé aujourd'hui !". Nos doigts deviennent des super-héros culinaires, plongeant dans les plats avec une audace digne d'un cascadeur. C'est un spectacle où nos mains sont les stars, et la nourriture est la tête d'affiche. Et la meilleure partie ? Aucune vaisselle à laver après ! C'est la victoire ultime du pratico-pratique sans manière sur le chic et le sophistiqué.

GIULIA SOLDATI, Contatto
GIULIA SOLDATI, Contatto
2016-
La main et nos doigts sont les capteurs de notre vie. Giulia Soldati décide de supprimer toute superficialité entre la main et l’aliment, déposer l’aliment et le consommé directement sur la peau. La main comme seule support et capteur de sens à travers le coulant, l’onctueux, le huilant, chaque aliment se caractérise premièrement par leur toucher puis seulement ensuite par leur goût. L'action de servir devient un geste intime entre le toucheur (qui sert) et le dégustateur (qui mange), un rituel demander-donner. Une expérience qui parcourt tous les sens le temps d’une bouchée, une nouvelle approche de la matérialité des aliments et une redécouverte intime de notre repas.
METTRE LES MAINS DANS LE PLAT
Spaghetti aux poivrons et arrabiata - Vous devez finir votre assiettes en mangeant sans outils autre que votre corps
Pourquoi les couverts ?
Tournoie, tournoie son doigt autour des pâtes, cette expérience commence à travers 2 assiettes de pâte mais sans aucun couvert. Les 2 commencent à mettre la main à la planche en dégustant leur repas. Tournasé, emmêlé, puis former une boule de pâtes, elle choisit de tresser ces pâtes telle une chevelure auburn. Petit tas, décoré de petites touches de rouge avec les légumes, elles jouent, s’amusent puis mangent. Leurs doigts deviennent les tics de leur fourchette, les pâtes se faufile entre chacun de leur doigt tout en laissant la trace de leur passage. Après avoir tout mélangé, le sujet n°1 finit son assiette à coup de grosses bouchées qu’elle se permet d’engloutir pâte, poivron, tomate chacun arrive à destination.
Ici, on peut voir deux modes opératoires bien distincts, l'instinct, l’apprentissage, le laisser-aller des deux se manifeste chacune à leur manière.
Sujet 15
Sujet 22
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EDWARD AUX MAINS D'ARGENT
Velouté, pizza - Mangez sans utilisez vos mains
Bon les couverts ne sont pas très utiles, et les mains alors ?
Les couverts, pièces maîtresse du repas disparaissent, et ensuite l’usage des mains, mais comment faire sans ? L’imagination doit faire son travail dans cette expérience bien inconnue pour les deux cobayes. Les coudes deviennent les alliées de ces mains bloquées et la bouche experte en manipulation. Crocs après croc, les assiettes arrivent à se vider mais le bol lui devient un obstacle dans ce contexte plus complexe, et c’est la chute du velouté sur la table, oups. Encore une dizaine de minutes de complexité et absurdité pour enfin finir ce repas.
Le repas se transforme en concours de souplesse et de possibilité du corps pour réussir à finir cette dégustation.
Sujet 25
Sujet 5
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6. PAS DE BOL
Le céramiste dira que tout le monde a besoin d’un bol tout simplement. Il est un objet emblématique par son histoire et ses multiples formes, signe d'un brassage culturel. C'est un objet né de la forme de la main. Mais, ce contenant est devenu un objet du quotidien ou du plaisir qui se mérite. Esthétique et ergonomie doivent s’imposer. Il doit donner l’envie de le prendre, de le faire tourner dans ses mains et quand il est porté à la bouche, il doit être agréable à boire. Le défi est de réussir à en faire une pièce unique que l’on redécouvre chaque jour.
“Le bol de laque, lorsque vous le découvrez, vous donne, jusqu'à ce que vous le portiez à la bouche, le plaisir de contempler, dans ses profondeurs obscures, un liquide dont la couleur se distingue à peine de celle du contenant et qui stagne, silencieux, dans le fond. [...] Quelle jouissance dans cet instant, combien différente de ce que l'on éprouve dans une assiette plate et blanchâtre de style occidental ! Il est à peine exagéré d'affirmer qu'elle est de nature mystique, avec même un petit goût zennique. “
TANIZAKI, Junichirô. Eloge de l'ombre, Verdier, p90, 1933
Le bol, c’est tendance maintenant, il se range de plus en plus dans nos placards. C’est la mode à suivre. Symbole de nourriture saine grâce au réseau, c'est le contenant facile à prendre dans le canapé, que ce soit un bol Ikéa ou de Jean Girel. Jadis réservés aux céréales du petit déjeuner ou aux soupes réconfortantes, ils sont désormais les stars de nos tables, quelle que soit l'heure.
Il fut un temps où manger dans ce récipient était considéré comme une concession à la simplicité, voire à la paresse culinaire. Mais aujourd'hui, c'est tout le contraire ! Manger dans un bol est devenu une tendance incontournable, une figure de modernité et de praticité. Pourquoi s'encombrer de multiples assiettes quand un seul bol peut contenir un festin complet ? Et puis, avouons-le, c'est aussi moins de vaisselle à faire après le repas.
En somme, manger dans un bol n'est pas seulement une tendance éphémère, c'est un véritable art de vivre. Dans un monde où tout va si vite, prendre le temps de savourer, c'est un peu comme faire une pause bien méritée dans le tourbillon de la vie avec son bol tibétien.
IN THE MOOD FOR BOL
Purée, ravioli - Vous devez manger avec seulement des bols
Est ce que les contenants seuls sont utiles ?
Tels des poupées russes, les bols s'emboîtent et la nourriture transvase. Il s’ensuit des cascades de purée et des shoots espresso goût ravioli. Le sujet 11 montre une adaptation plus rapide et efficace face à l'étonnement et l’amusement de l’autre sujet. Le sujet 18 se permet plus de douceur et de lenteur pour finir cette épreuve. Nous pouvons relever que le sujet n°11 est à sa deuxième expérience, ainsi nous pouvons interroger et visualiser une certaine adaptation aux fils des expériences, la phase étonnement et de questionnement se voit ainsi réduite.
Relevons une certaine difficulté pour finir l'expérience pour le sujet n°18, qui finira par abandonner la fin de l'expérience tout en discrétion.
Sujet 11
Sujet 18
AMUSANT
PLAISIR
DEGOUT
MATIERE
AMUSANT
PLAISIR
DEGOUT
MATIERE
PRATICITE
FORME
DIGESTION
PRATICITE
FORME
DIGESTION
RECOMMANDATION
RECOMMANDATION

CHAPLIN, Charlie. Les Temps Modernes, 1936,1h27m
Dessert : Eclair au café
Eh bien, après avoir parcourue cette galerie d'histoires gastronomiques, il semble que nous soyons tous en train de jongler avec nos repas comme des acrobates culinaires dans un cirque de la vie moderne ! Entre les repas à emporter, les services de livraison et les repas sur le pouce, on dirait que nos estomacs sont devenus les stars d'un marathon gastronomique sans fin.
Mes expériences permettent de délaisser nos modes de vie pour danser et se salir les doigts. Tous ces problèmes sortis de leur contexte quotidien apparaissent beaucoup plus absurdes et invraisemblables au milieu de toute cette agitation culinaire. N'oublions pas de prendre le temps de savourer chaque instant. Car après tout, dans ce grand spectacle de la vie, chaque repas est une performance à savourer avec humour !

"Dis-moi ce que tu manges et je te dirais ce que tu es.“
Brillat Savarin
Nos modes de consommation et d’alimentation reflète notre mode de vie. A travers les aliments que chacun mange, nous façonnons des profils. Chaque repas en dit long sur notre culture, notre éducation, notre travail, nos convictions ou régimes, chaque salade, poissons, steaks ou encore frites sont en réalité bien plus que de la nourriture à ingurgiter.
LOIS BIELEFELD, Lunch Portraits
2010-2018
Lois Bielefeld décide de faire le portrait de 71 cas d’études. Il documente le repas au travail. Emballage, nourriture, couvert, boisson tout est authentique. Il a voulu réaliser une enquête entièrement centrée sur la personne et sa nourriture. Entouré de ce minuscule décor blanc, la personne devient l'objet d'une étude. Il monte une exploration sur la personne et de sa nourriture qu'elle apporte et de la manière dont elle l'apporte au travail.

Pose sur
un canape
1. Table basse et sofa
2. Solo Date
3. Bruit de grésillement
4. Manger tel des dieux
5. En tailleur
Dessert : Fondant au chocolat
“Pouvoir manger seul, ou seul ensemble, c'est-à-dire sans partager son repas avec ceux qui sont à la même table, tel est bien un des traits marquants des pratiques alimentaires. Il s’inscrit dans la très longue histoire, multiséculaire, du processus d'individualisation. Cette évolution vers un individu pouvant de plus en plus s’individualiser, n’a pas été continue et a connu des étapes diverses”
ASCHER, François. Le mangeur hypermoderne, Odile Jacob, 2005, 330p p35
La diversité des modes d'acheminement et de consommation alimentaire proposés dans la partie précédente évolue principalement grâce à la solitude du mangeur. Les repas commensaux, autrefois socialement ancrés, tendent à se réduire, voire à disparaître. La régularité, la composition et le déroulement semblent évoluer dans le sens d’une souplesse. Le nombre de repas, la fréquence de la suppression d’un plat, la simplification du dîner, et l’irrégularité des horaires sont autant d'indicateurs de cette évolution.
Le repas quitte la table commune. Il s'exporte, se modifie, évolue. Cette action sociale perd de son charme au détriment d’un plaisir plus solitaire. Le repas sur la table de la salle à manger est de moins en moins présent, pour se multiplier aux quatre coins de la maison.
Cette transformation reflète un changement profond dans les modes de vie contemporains. La solitude, qu'elle soit choisie ou subie, devient une réalité de plus en plus répandue dans nos sociétés modernes. Facteurs tels que l'urbanisation croissante, l'augmentation des familles monoparentales, la mobilité professionnelle et même les avancées technologiques qui favorisent les interactions virtuelles au détriment des interactions physiques. Tous contribuent à cette tendance à la solitude. Les nouvelles générations se confrontent à des compagnons virtuels et animations numériques plutôt qu'à des paroles partagées entre deux bouchées.
Dans ce contexte, les repas deviennent souvent des moments privilégiés de connexion avec soi-même. La flexibilité devient donc une caractéristique essentielle. Ils sont solitaires. Ils peuvent parfois être plus ou moins équilibrés sur le plan nutritionnel, et l'absence de partage peut entraîner une diminution du sentiment de connexion sociale et de soutien émotionnel.
Mais comment sommes-nous arrivés à ce mode de vie ?
Commensal : Personne qui mange habituellement à la même table qu'une ou plusieurs autres

GRANIER-DEFERRE, Pierre. Le chat, 1971, 1h26m
1. TABLE BASSE
ET SOFA
L'épopée du TV Dinner ! Imaginez un plateau-repas surgelé qui débarque dans nos vies en 1953, tout droit sorti de l'esprit de Gerry Thomas. Cinq mille de ces petits bijoux se sont écoulés la première année, et deux ans plus tard, bam ! Plus de vingt-cinq millions vendus ! On peut dire que l'Amérique des années cinquante était sous le charme. C'était comme le super-héros des dîners : prêt en un clin d'œil et sauvant la journée des ménagères épuisées.
C'était censé être la solution miracle pour libérer la femme de la tyrannie des fourneaux et réunir tout le monde devant le poste de télé. On voyait déjà la maison se transformer, le salon fusionnant avec la cuisine, une nouvelle ère culinaire ! Mais bon, comme dans toute bonne comédie, les choses ont pris une tournure hilarante.
Ce plateau-repas, qui devait être le ciment de la famille, est devenu peu à peu le cimetière des repas en famille. Au lieu de rassembler tout le monde, il les a dispersés, éparpillés par petits bouts, façon puzzle. Aujourd'hui, grâce à ce même plateau, le repas en commun est devenu un mythe. Chacun se barricade dans son coin, engloutissant sa portion dans les endroits les plus éloignés les uns des autres, dans la chambre, le salon ou le bureau.
Hier, symbole d'harmonie familiale, le TV Dinner est maintenant le bouffon qui sabote nos repas en famille. Qui aurait cru qu'un simple plateau-repas pouvait jouer les trouble-fête dans nos vies ? C'est à se taper le front avec une cuillère en plastique !
Et puis, vous savez quoi ? L'habitude a persisté ! Maintenant, on mange devant la télé exactement comme on mangeait en face de son conjoint. Ah, les conversations profondes avec les pubs pour seule compagnie, c'est pas romantique, ça ?
C'est comme si nos maisons étaient devenues ces énormes boîtes à lunch, où chacun se sert et s'isole avec sa portion devant l'écran. Qui aurait pensé que nos salons se transformeraient en salles de cinéma personnelles, avec les chips et les cris des annonceurs pour seule bande sonore ? On se retrouve tous éparpillés comme des popcorns égarés dans un canapé trop confortable.
De nombreuses études ont montré une relation entre le temps passé à regarder la télévision et la corpulence. Le mécanisme de cette relation est causé par la diminution de la dépense énergétique due à la sédentarité.
Kaur et al., 2003; Parsons et al., 2008
GORTMARKER, Steven. DIETZ, William. Television viewing as a cause of increasing obesity among children in the United States, 1986-1990. Archives Pediatr Adolesc Med 150(4) : 356-62, 1996
KAUR, Harsohena. CHOI, Won.MAYO, Matthew,HARRIS, Kari Jo. Duration of television watching is associated with increased body mass index. J Pediatr 143(4): 506-11, 2003
PARSONS, TJ, MANOR, O. POWER, C. Television viewing and obesity: a prospective study in the 1958 British birth cohort. Eur J Clin Nutr 62(12): 1355-63, 2008
2. SOLO DATE
Mais ce simple cas précurseur a ouvert la porte à une mode. L’usager a appris à manger seul, il s’individualise. On peut encore se réunir autour d'une table, mais chacun a son assiette et son régime sur mesure. L'un fait un régime végétarien, l'autre carbure aux protéines, le troisième se le joue sans gluten, pendant que le quatrième se sacrifie pour finir les restes, tel un héros méconnu de la cuisine.
C'est un peu comme un festival de la gastronomie, version "à chacun son menu". Et pendant ce temps-là, les assiettes se transforment en champs de bataille nutritionnels, où se passent des drames dignes des plus grandes tragédies. Mais bon, tant qu'on arrive à se mettre d'accord sur le choix de la série à regarder après le repas, tout va bien dans le royaume de la cuisine moderne !
Et ça c’est encore si on mange ensemble…
“La rondeur des assiettes est la forme qui, en concentrant la nourriture destinée à une seule personne, l'individualise-le plus”
Simmel Georg, Philosophie de l'argent,1900
C'est vrai, quand on y pense, rien ne crie "individualisme" comme une belle assiette bien ronde, pleine à craquer de délices juste pour une personne. De ce fait, l'assiette a la différence du tranchoir du Moyen-Age permet de garder la nourriture individuellement. Ensuite, la fourchette et le couteau individuels se sont développés à peu près dans les mêmes temps. Ainsi dès cette époque, c'était chacun son assiette ! C'est un peu comme si chaque bouchée était une invitation à s'immerger dans son propre monde culinaire, loin des regards et des piques-assiettes.
Il subsiste une pression significative en faveur de la convivialité alimentaire. Depuis les époques anciennes, les individus se sont rassemblés en groupes pour accomplir deux fonctions vitales : la reproduction et l'alimentation. C'est comme si l'humanité avait conclu un pacte secret avec la bouffe : on se rassemble, on partage, on festoie !
Mais bon, proposer un vrai festin en solitaire, ça a toujours été un peu le défi de ce siècle. Imaginez-vous, seul à votre table, face à un plat pour douze personnes ! Ça fait un peu désespéré, non ?
Pourtant, notre époque a vu émerger tout un tas d'événements, d'avancements, de plans, tous conçus pour rendre le repas en solo plus... festif ? C'est comme si on avait décidé de faire de chaque repas une fête en soi, même si on est seul à la table !
Alors que nos ancêtres se rassemblaient pour chasser le mammouth et se régaler en tribu, nous, on se retrouve avec nos plats préparés devant Netflix, en mode "bouffe et binge-watching".
VR CONTRE VR
Riz, haricot vert - Mangez face à soi-même
Et pourquoi pas manger avec sa propre
compagnie ?
Nous mangeons seul, autant être seul avec soi-même. Face à face, bouchée après bouchée, les regards se croisent, les gestes se coordonnent. Une compagnie entre virtuel et confrontation à soi-même, elle unit technologie et solitude. Tel un miroir numérique, le sujet s’observe, s’analyse, se copie. Elle s’habitue à sa propre présence, ses propres habitudes, elle n’est plus seule.
Lunette de réalité virtuel, je propose une fenêtre pour entrevoir la représentation de soi en mangeant.
Sujet 10
AMUSANT
PLAISIR
DEGOUT
PRATICITE
DIGESTION
RECOMMANDATION
LA LA LA VR
Riz, haricot vert - Mangez face à l’autre
Ou alors, mangez avec quelqu’un d’autre ?
On regarde bien les gens manger, alors pourquoi pas avoir un compagnon virtuel parfait que pour soi. Un date du futur, sans réelle interaction ou date qui devient un peu relou. Le sujet regarde et mange en compagnie de l’autre. Il n’est plus seul, enfin à peu près plus seul. La table s'étend sur un autre univers et rendez-vous improvisé.
Sujet 15
AMUSANT
PLAISIR
DEGOUT
PRATICITE
DIGESTION
RECOMMANDATION

JAMES AUGER, JIMMY LOIZEAU
Rent-a-body service
2007
Rencontres à l'aveugle, réunion, tourisme sans bouger ou rencontre discrète, plus de soucie avec Rent a Body service. Les personnes nerveuses ou manquant de compétences sociales peuvent maintenant utiliser le corps loué pour se rendre à des rencontres à l'aveugle à leur place. Le corps loué est dépourvu de sens pour devenir hôte. Il est seulement à l'écoute des les instructions vocales de son utilisateur.
Le principe initial du projet est que l’évolution humaine n’est pas assez rapide pour suivre le rythme de la technologie. Le concept explore des solutions à cette situation, en partant d’idées post-humaines telles que les implants ou la modification génétique jusqu'à des méthodes plus simplistes telles que la téléprésence.

3. BRUIT DE
GRESILLEMENT
© Matt Groening
Car quand la maison devient un désert et que notre seule compagnie est notre fidèle smartphone, alors commence le "Scrolling-during-dinner". Manger véritablement seul est une chose qui fut longtemps très difficile culturellement. Car la solitude, à moins qu’elle ne soit choisie de façon héroïque est vécue socialement comme une difficulté, voire un malheur.
La simple idée de manger seul peut parfois susciter un sentiment d'inconfort ou même d'anxiété chez de nombreuses personnes. Pourquoi donc ? Notre nature même en tant qu'êtres sociaux, valorise la convivialité et le partage, même à table, ceci est ancré dans nos schémas de comportement.
Imaginez-vous là, assis à votre table, face à une assiette solitaire. Le silence règne. Les bouchées s'enchaînent. Le vide semble assourdissant. L'absence de conversation rend chaque bouchée plus solitaire que la précédente et chaque instant semble plus solennel que le précédent. Pour beaucoup, cette expérience peut sembler étrange, voire déplaisante.
Cette hostilité pour manger seul se manifeste dans notre vie quotidienne moderne.
De nos jours, lorsque les gens se retrouvent seuls à table, ils ont souvent recours à des stratégies pour combler le vide social ressenti. L'une de ces stratégies les plus courantes est de regarder un film ou une série télévisée pendant le repas. Certains optent pour le traditionnel "Netflix-and-chew", où chaque bouchée est accompagnée d'une scène palpitante ou d'une punchline hilarante. Car, avouons-le, personne n'est vraiment prêt à affronter le vide abyssal de la solitude, n'est-ce pas ?
Bien évidemment, on n’est pas obligé d’être en solo pour regarder la télé, cela peut devenir une activité collective !

LOIS BIELEFELD, Weeknight Dinners
Monday, Dennis and Denise, 2015
Tuesday, Juanita and John, 2014
Wednesday, Emilio, Rhonda, Benedetto, Skylrae, Jacomo, 2014
Wednesday, Glynis, Liam, Jorin and Mona, 2013
Wednesday, Joe, 2017
Wednesday, Leo and michael, 2014
LOIS BIELEFELD, Weeknight Dinners
2013-2015-2017
Le motif central de son travail est le portrait, plus précisément les portraits qui capturent les qualités humaines que nous partageons tous. Dans cette série, à travers 86 portraits principalement photographiés aux États-Unis, il explore des rituels, des habitudes et des espaces communs qui révèlent néanmoins des détails individualistes.
Weeknight Dinners se concentre sur le repas du soir, du lundi au jeudi soir, lorsque les contraintes de temps dues au travail, aux activités parentales et familiales dictent souvent les rituels du dîner. Au fil des photographies, une certaine solitude se dégage de chaque profil. Il mange seul ensemble, ou ensemble face à l’écran, à vous de choisir le moins pire…
Les réseaux sociaux deviennent alors notre bouée de sauvetage virtuelle, nous permettant de nous sentir connectés à une communauté, même lorsque notre seule compagnie est une assiette vide. Parce que, soyons honnêtes, personne n'est vraiment prêt à affronter ce moment gênant face à une table déserte. En ayant une forme de compagnie virtuelle à travers les personnes à l'écran, il devient plus facile de se concentrer sur quelque chose d'autre que sur le fait d'être seul, comme le prouve l’ascension des vidéos mukbang ( un format de vidéo qui consiste à fabriquer et à manger de grosse quantité de nourriture tout en interagissant avec son public virtuel), mais on laisse ça pour le chapitre suivant !
Personne n’est habitué à manger seul, ce qui crée cette routine où l'on recherche un film le temps de manger, mais juste après le ta-dam l’assiette est déjà finie. Mais au moins nous esquivons ce moment de gêne avec soi-même d’être seul sur sa chaise devant une table vide. Et qui sait, peut-être qu'un jour, nous serons tous des héros de la dégustation en solo !
MINORITY REPORT
Croque monsieur - Mangez devant les écrans
Comment réagit le sujet, si on multiplie les sources de distraction numérique ?
Entre mukbang, vidéo gag ou spirale infernale, regard à gauche, regard à droite, puis centre, le sujet est totalement happé par le flux constant de contenu. Les bouchées s'enchaînent lentement au fil des réactions. Plus un seul regard n’est pour la nourriture, elle consomme.
Même une fois fini, le sujet a du mal à sortir de l'expérience, persiste à mater du contenu, continu à manger par procuration à travers l'écran.
Sujet 33
AMUSANT
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DEGOUT
PRATICITE
DIGESTION
RECOMMANDATION
4. MANGER TEL
DES DIEUX
"Quand Agathon a terminé son discours et que tout le monde a approuvé ses paroles, les serviteurs s'occupent de débarrasser la table. Socrate et les autres, qui étaient allongés, se lèvent alors [...] et reviennent s'étendre, Socrate à la même place, car il a dit qu'il n'avait pas fini de réfléchir à la nature de l'amour."
Platon, Le banquet, section 195a, -380av Jc
Comment s'asseoir à table, nous ne nous posons même pas la question ? La réponse est instinctive. Nous n’allons quand même pas nous allonger comme nos dieux grecs. Si ? Ah, la gastronomie grecque, un sujet aussi mystérieux que le Minotaure dans son labyrinthe ! On n'a pas vraiment de preuve catégorique que les anciens Grecs se prélassaient allongés exclusivement en mangeant, mais on peut dire qu'ils avaient un certain style, hé oui, ils ne faisaient pas juste tremper leur pita dans du tzatzíki n'importe comment !
Ils se faisaient des symposiums où sur des divans ils sirotaient du vin, discutaient de philosophie et grignotaient des olives. Autant dire que c'était la version antique de Netflix and chill ! Et bien sûr, ils devaient se dire que manger allongés, c'était la classe ultime.
Les médecins préconisent cette position qui permettait une meilleure digestion mais également pour imiter les rois orientaux qui mangeaient aussi dans cette position.
Que voulez-vous, même dans l'Antiquité, on aimait se la jouer classe à table !
Ce passé grec, nous pousse vers la question : pourquoi la chaise ?
La réponse arrive, car aujourd’hui encore, après autant de temps, on s'avachit encore pour manger.
EN THERAPIE
Risotto dinde - Mangez allongé
On mange maintenant dans nos lits, autant savoir qu’est-ce que ça fait de manger en tête-à-tête allongé
Une personne allonge sur le ventre sur une table et une autre en dessus allongé de biais, tous les deux mangent un risotto seulement à la fourchette. Tout d’abord gênés, les deux mangent dans le silence, ils communiquent peu. Les 2 s'échangent des regards, le silence, observent autour d'eux, puis se reconcentrent sur le repas. Ce cycle se répète et ainsi de suite l'assiette se vide. Le cobaye n°1 joue, trie et parle pendant qu’elle forme un tas de riz dans son assiette passivement tout en écoutant ce qu’il lui raconte. Elle finit ainsi plus vite et impose la fin du repas, ainsi lui aussi se presse de finir.
Mangez ensemble reste une action sociale avant tout, les sujets réalisent cette épreuve.
Sujet 10
Sujet 3
AMUSANT
AMUSANT
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DEGOUT
PLAISIR
DEGOUT
PRATICITE
DIGESTION
PRATICITE
DIGESTION
RECOMMANDATION
RECOMMANDATION
5. EN TAILLEUR
Aujourd’hui, même les pays asiatiques les plus développés ont lâché la position asana, jambes croisées au sol pour adopter quatres chaises et une table. Pourtant la position améliorerait la digestion.
Mais la chaise a réussi avec le temps à avoir le monopole du repas. Dans la culture française, s'asseoir à table pour un repas est bien plus qu'un simple acte fonctionnel.
Ah, l'époque médiévale, où avoir sa propre chaise à table était symbole d’un statut social élevé et de distinction. C'était le signe indéniable que vous apparteniez à l'élite de la société, ou du moins que vous aspiriez à y être. Et bien sûr, avec le temps, cette coutume s'est répandue comme une traînée de poudre. Tout le monde voulait sa part du gâteau... ou plutôt sa chaise à table.
Mais ne nous y trompons. S'asseoir sur des chaises pendant un repas en France aujourd'hui, c'est bien plus que de simplement éviter de se retrouver les fesses par terre. C'est une déclaration enflammée d'amour pour la convivialité, une ode éclatante au respect des traditions, et surtout, une célébration effervescente des plaisirs de la table !
Pourtant, la chaise se fait petit à petit ratrapper par un canapé bien confortable, ou tout autre assise moins rigide que la chaise et sa table classique sans divertissement. Un tiers des Français prend ses repas ailleurs que sur la table de la salle à manger.
Ta chaise à quatre pieds ! Tiens-toi droit ! perd du terrain contre le confort d’être avachi devant un écran.
ses repas ailleurs
selon une étude de Yougov réalisée pour Allo Resto en 2017
UPSIDE DOWN
Soupe et spaghetti sauce tomate - Mangez à l’envers
Assis, debout, allongé, il en reste encore une. Qu’est ce que ça fait d’être à l’envers ?
Après une installation des plus périlleuse, les sujets sont installés. Très vite le repas commence à la main, bizarrement à l’envers, les sujets ont l’air de perdre rapidement leurs bonnes manières. Les sens sont perdus, les gestes moins délicats et les visages de plus en plus rouges. Le sol devient table support du carnage. L'expérience s'arrête rapidement, à la suite de quelques plaintes émises par les sujets.
Les cobayes ont renseigné une digestion pas très agréable, ne sachant pas la raison.
Sujet 27
Sujet 6
AMUSANT
AMUSANT
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DEGOUT
PRATICITE
DIGESTION
PRATICITE
DIGESTION
RECOMMANDATION
RECOMMANDATION
Dessert : Fondant
au chocolat
Il est difficile de combattre la solitude. L’habitude et l’isolement du confinement ont pourtant été un très bon entraînement à cela. L’humain a besoin de vivre en société mais mène à la fois un double combat à la quête de sa bulle personnelle. La table et les chaises ne semblent plus être l'essentiel de l’appartement ou de la maison. Une compagnie virtuelle efface petit à petit des présences authentiques et réelles. Et le téléphone s’installe en prothèse numérique. Houra…début d’un film apocalyptique, pourtant, on n’y est déjà, c’est notre quotidien.
S'isoler à la maison, délaisser la table revient à perdre notre modèle traditionnel et nos règles de bienséance les plus anciennes, pour façonner un nouvel archétype du repas moderne, juste un peu plus … virtuel que réel.

On continue encore a tourner ?
1. Kilo Plume
2. Cheeeese !
3. Déliceux, attrayant, porn...
4. La cyber-alimentation
Dessert : Tarte à la crème

PAUL PAIRET, Ultraviolet
Shanghai
Après une simple réservation sur TripAdvisor pour aller à Ultraviolet et surtout beaucoup d’attente, le convive se retrouve au Mr & Mrs Bund pour découvrir le menu et déguster un apéritif. Et c’est ici que la réelle expérience commence ! Un trajet vers une destination tenue secrète composée de plusieurs sas et couloirs pour arriver à la table et ses 10 couverts. Et ainsi le spectacle démarre. Projection de vidéos aux murs, musique, bruitages, odeurs : chaque assiette a son propre accompagnement, sa propre ambiance qui sollicite tous les sens. L’alliance entre le déboussolement, l’explosion de tous les sens aux services des aliments pour permettre une expérience totale.
Le repas, c'est plus qu’un truc pour se remplir le bidon, c'est devenu toute une aventure !
Le repas devient ainsi une expérience. Je parle ici d’une aventure toujours plus indescriptible et iconique. Les restaurants ne vendent plus des plats, des desserts ou des fromages accompagnés d’un bon vin. Aujourd’hui, un mangeur sort de son habitat, de son confort pour trouver quelque chose de plus fantastique. Avec la livraison à domicile, tous les restaurants livrent, mais impossible d’avoir l’atmosphère, la convivialité de la table d'à côté. Tu ne peux pas capturer l'odeur de la cuisine, le bruit des couverts qui s'entrechoquent, et le serveur qui se prend les pieds dans le tapis. Aujourd’hui, un restaurant vend tout d’abord une expérience. Une soirée surprenante, un événement extraordinaire, cette sortie doit devenir inoubliable. Tu sors de ta tanière pour un truc qui claque ! (ou parce qu'on t’a invité et que tu ne peux pas refuser)

CHARLOTTE BROCARD, On ne joue pas à table
2020
Aujourd’hui, professionnelle des afterworks tendance, Charlotte Brocard propose de s’amuser un peu à table comme des enfants à la recherche de leur papilles. Pour répondre au manque de temps actuel, elle eut l’idée de permettre à ses convives une pause ludique dans leur journée. Tous types d'ustensiles les plus farfelus sont conviés à table. Découverte sensorielle et rire, tout est garantie avec un apéritif fait par Charlotte Brocard !
La nourriture est devenue support de visibilité. Nous ne parlons plus de bon produit ou d’étoile, actuellement c'est le visuel et l'esthétique qui sont primordiaux dans cette société. Et oui bien sûr, il faut que le saumon pané te fasse un sourire Colgate. Le goinfre doit aussi bien se tenir et être gainé pour les réseaux. Le moment du repas, surtout à l'extérieur est devenu un instant de partage. On se prend en photo, on prend la pose, un cliché de chaque assiette pour le groupe famille, c’est bon on a fait notre devoir. La nourriture n’est pas là juste pour caler, c'est devenu un selfie comestible. Ouais, ouais, ouais, maintenant, tu prends des photos de tout, même de ta salade verte, pour montrer que t'as pas oublié de manger tes légumes.
Mais attention, maintenant le repas ou du moins la nourriture n’est plus simplement juste une photo ou un post, elle est devenue un réel contenu numérique ! La douille pour quelque chose qui se fait ingérer… On ne parle pas juste de poster une photo de ton assiette sur Instagram, nan, nan, nan ! C'est devenu une véritable émission de télé dans ton fil d'actualité ! Le contenu alimentaire nous bombarde. Nous sommes pris d’assauts. La bouffe, c'est comme un feuilleton qui t’assaille à longueur de journée. T'as des recettes, des dégustations, des comparaisons, des critiques... Tout ça, direct dans ta face ! Comme si tu pouvais t’en empiffrer derrière ton écran. Vous avez un repas complet, en 4K et tout beau. Car comme on a dit plus haut, c’est bien l’esthétique qui prime, le toujours plus spectaculaire qui attirera le plus de regards, de vues et d’envies. On a faim de ces contenus, et même si on est déjà à l’étape de la digestion pour beaucoup de pays, la France est en retard sur la tendance, un peu à la traîne, mais ça va nous tomber dessus comme une tonne de petits pois ! On commence tout juste à se faire submerger du phénomène. Ne pensez pas être épargné ! Alors, même si t'as plus faim, prépare-toi, l'orgie alimentaire numérique arrive à grands coups de fourchette connectée ! L’ogre débarque !
1. KILO PLUME
“L'obsession de devenir toujours plus mince est celle de devenir image, donc transparente, de l’idéalité désincarnée qui est celle des stars. La désincarnation est le prix payé pour l’immortalité, l'extrême minceur étant la seule façon de traverser la mort.”
Jean Baudrillard, Cool Memories 1980-1985 volume III
Ah, la folie ! En plein délire culinaire dans les médias et les bouquins, on trouve des recettes de cuisine qui font saliver jusqu'à lécher la page. Et puis des régimes minceur qui te promettent de perdre 10 kilos en une semaine. On ne sait plus où donner de la tête. C'est comme si tout le monde était soit en train de se lancer dans un régime draconien, ou dans une carrière de chef étoilé, voire les deux en même temps ! La cuisine se transforme en une véritable arène où les glucides, les sucres et les graisses s'affrontent pour régner en maîtres sur nos assiettes.
Quel spectacle !
La société moderne s’est emparée du concept du régime comme jamais auparavant. On se prive pour rentrer dans notre jean préféré. Mais, une réelle crise du régime nous submerge. Vous vous souvenez du temps où les télé-achats nous importunaient ? Aujourd'hui, c’est pire ! Les régimes “new trend tendance” poussent plus vite que des champignons après une averse. Il y en a tellement qu'on croirait à une véritable hallucination collective. Ça en devient carrément fantasmatique. C'est un peu comme les recettes de cuisine sophistiquées qu'on collectionnent religieusement mais bon, on ne les réalisera jamais. Mais il arrive que l'on passe à l'acte. Houra ! Enfin, s’y j’ose dire… Puis ensuite l'alternance entre gras/maigre se remet en place comme par magie, car le propre des régimes modernes, c'est d'être éphémères. Le régime constitue sans doute la tentative la plus claire pour rétablir un ordre et une grammaire dans l'alimentation, en imposant une norme consentie, en donnant un sens transgressif à l'écart.
Le régime, c'est un peu comme essayer de mettre de l'ordre dans une jungle d'assiettes, en imposant une sorte de règle que tout le monde accepte. Mais bon, finalement, c'est un peu comme si on donnait un sens au péché de la gourmandise à chaque bouchée qu'on prend. Et le principal c’est que tout le monde croit en ce régime, les résultats c’est après.
“D’une certaine manière, c’est peut-être aussi voire d'abord le régime que les femmes mettent en scène, la minceur n’étant pas nécessairement la raison du régime, mais un moyen pour le rendre visible ou plus exactement pour rendre effectifs pour elles, et manifestes pour les autres, la personnalité, la valeur et les efforts qu’il suppose.”
ASCHER, François. Le mangeur hypermoderne,Odile Jacob, 2005, 330p, p160
Donc maintenant, il vous reste plus qu'à faire votre plus beau sourire devant la caméra. Et... Action ! Si jamais vous n'avez pas réussi à suivre ce régime ultra healthy, pas de panique. Vous pouvez toujours retoucher la photo avec quelques filtres magiques, et si vraiment ça ne suffit pas, Instagram s'en chargera automatiquement. Voilà, vous êtes prêts pour la grande illusion culinaire !
LE VOYEUR
Raviolis - Mangez
Ça fait quoi d’être observé ?
Dix paires d’yeux, et dix bouches qui commentent chaque fait et geste, tel un chat en réel. Les deux font face à la réalité des réactions, des bruits et des interactions que les viewers proposent. Les bouchées et les mastications se veulent de plus en plus gênantes et dérangeantes, le malaise s'installe dans les regards des sujets, au détriment de la multiplication des répliques.
Le regard est la chose la plus importune, les sujets ne se voyant pas, mais sont fixés, victimes des remarques à la vue de tous.
Sujet 21
Sujet 11
AMUSANT
AMUSANT
PLAISIR
DEGOUT
PLAISIR
DEGOUT
PRATICITE
DIGESTION
PRATICITE
DIGESTION
RECOMMANDATION
RECOMMANDATION
2. CHEEEESE !
"Ah, attends, je dois prendre en photo avant !" C'est devenu tellement courant, n'est-ce pas ? Se photographier soi-même ou plutôt son plat avant de se régaler, c'est presque devenu un rituel sacré. On veut partager ce moment, cette sortie, avec le monde entier. Le corps et l’aliment devient l’image de notre vie.
Le foodstagram, ce phénomène qui a déferlé il y a déjà une décennie, persiste et signe. Aujourd’hui, on accorde une importance capitale à l'esthétique des plats. Parfois, on dirait que le goût passe au second plan devant l'apparence ! Après tout, qu'importe si c'est bon, tant que c'est beau et que ça fait des likes !
Plus de 80% des utilisateurs de téléphones portables prennent des photos de leur nourriture avant de s'attaquer à leur assiette. C’est devenu une quête perpétuelle du plat visuellement attrayant, du truc "instagrammable”. Certains restaurants et cafés ont même remodelé leurs menus pour coller à cette tendance, en proposant des plats qui sont non seulement délicieux, mais aussi photogéniques à souhait.
Cette tendance atteint des sommets en Asie, surtout en Corée du Sud, le paradis de l'Ice Américano, le troisième plus grand marché de coffee shops au monde. En 2021, les ménages ont dépensé trois fois plus en café qu'en kimchi, le plat emblématique du pays.
Imaginez ! La Corée du Sud compte désormais plus de 1 500 cafés par million de personnes. À côté, le Japon avec ses 529, le Royaume-Uni avec ses 386, et les États-Unis avec leurs maigres 117 font pâle figure.
On voit tous les 2 mois de nouveau concept café débarquer, bombardant les réseaux sociaux avec ses décors flamboyants et ses files d’attente interminables. Mais comme toutes les modes, celle-ci est éphémère. Les cafés se vident aussi vite qu'ils se remplissent. Un nouveau coureur de tendance propose un nouveau concept, laissant place au prochain temple du latte et des donuts arc-en-ciel. On se demande si un jour, on ne finira pas par manger directement nos filtres Instagram, histoire de gagner du temps !
L'influence des réseaux sociaux maitrise sur nos papilles ! On se croirait dans un épisode de La Guerre des Restaurants, à se lancer des choux à la crème où chaque établissement lutte pour être le plus liké sur Instagram. Entre les vidéos virales des grands pâtissiers et les ouvertures d'enseignes comme Krispy Kreme à Paris, avec leurs donuts aux couleurs des Simpson, c'est une vraie guerre de la gourmandise ! Plus de 42 000 donuts par jour rien qu'à Paris, et 5 millions dans le monde entier ! Chaque bouchée semble dictée par la recherche du cliché parfait, transformant nos assiettes en œuvres d'art éphémères, prêtes à disparaître dans le flot incessant des photos culinaires.
d'après les données de l'unesco
https://courier.unesco.org/fr/articles/petit-plaisir-mais-grand-succes-en-republique-de-coree
d'après les données 2021 de Statista
https://www.statista.com/study/55594/cafe-industry-and-coffee-drinkers-in-south-korea/
PAPARAZZI
Spaghetti sauce tomate - Mangez en étant photographié
Ça fait quoi de manger en étant une super star ?
Les sujets sont ici proie aux flashs et aux remarques, pire que la montée d'escalier à Cannes ? Je propose aux sujets un brin de célébrité. Chaque faits et gestes sont épiés, commentés et flashés. Aucune erreur n'est possible, les sujets sont purement gênés et mal à l’aise de cette proposition de repas. Chaque bouchée est plus compliquée que la précédente.
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Sujet 30
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MIYAZAKI, Hayao. Le Voyage de Chihiro, 2001, 2h05m
3. DELICEUX,
ATTRAYANT, PORN...
Cette tendance, le food porn, qui n'a rien de sexuel ! C'est juste la fascination intense et presque érotique qu'on peut avoir pour la nourriture. On veut des images et des vidéos appétissantes, esthétiques, qui nous font baver rien qu'en les regardant !
Cette délicieuse tentation est pour les yeux et les papilles ! Le terme, un peu osé, est utilisé pour décrire des images de nourriture qui nous font saliver comme des affamés devant un banquet royal. On parle de "porn" ici de manière métaphorique, pour souligner à quel point ces images sont envoûtantes et excitantes, tout comme les images pornographiques peuvent l'être pour certains. C’est une célébration visuelle de la gourmandise, où chaque plat devient une star, prête à captiver nos regards et nos appétits, transformant nos écrans en vitrines de délices irrésistibles.
GINA BEAVERS
Cake, 2015
Cake, 2015
Tag Yourself, 2016
STEPHANIE SARLEY, Fruit Art Video
© Stephanie Sarley
GINA BEAVERS
2014-
Formes et textures sortent de l’écran, Gina Beavers consciente de la déferlante de nourriture sur les feed décide d’intégrer la party. Sa source d’inspiration s’agrandit et se renouvelle à chaque instant. Pile de poulet et de gaufres sur un plateau ou tarte aux myrtilles luitante dans le moule. LLa liste est longue et sans fin.
Largement lucide de la force dévorante des médias sociaux, ces œuvres peuvent créer un espace pour mettre en question la façon dont nous voyons l'art et l'image - la texture et le plan - l'objet et l'idée ainsi que le musée et la plateforme que représentent les médias sociaux.
Derrière la nourriture, des corps dénudés ou des nails art, l’artiste évoque le narcissisme qui passe par l’exhibition de son corps, de ses cosmétiques… ou de ses repas. Autant d’éléments qui, réunis sur un réseau social, participent à la formation d’une image fantasmée.
Oh ! Et si vous en voulez un peu plus, je vous propose le contenu de Stéphanie Sarley.
STEPHANIE SARLEY, Fruit Art Video
2015-
L’artiste multimédia joue avec les codes du foodporn ou du moins le porn du sujet. Mettant en scène l’automasturbation de manière ambiguë, en utilisant fruits et légumes en analogie avec les sexes. La main baladeuse semble bien moins innocente une fois sur le fruit désiré. Bien qu’initialement vouée à représenter une autosexualité féminine, sa pratique brouille les frontières entre plaisir, nourriture et féminisme.
Le food porn inonde nos réseaux sociaux, nos blogs culinaires préférés, nos magazines de cuisine, nos écrans... C'est partout ! Ces photos sont comme des œuvres d'art gastronomiques, avec leurs couleurs éclatantes, leurs textures appétissantes, et leurs présentations dignes d'un chef étoilé. Leur but ? Vous faire saliver, vous donner l'eau à la bouche, vous donner envie de plonger dans l'écran pour dévorer ces mets divins et merveilleux.
Et avouons-le, qui n'a jamais été tenté de reproduire ces chefs-d'œuvre chez soi après avoir vu une photo ? C'est une véritable invitation à l'expérience culinaire, une incitation à s'aventurer en cuisine pour créer quelque chose d'aussi délicieux et esthétique. C'est comme si chaque image vous chuchotait à l'oreille : "Tu peux le faire aussi !". Mais bon, le résultat n'est pas toujours à la hauteur de la promesse visuelle.
Alors la prochaine fois que vous tomberez sur une photo de food porn, ne résistez pas à la tentation ! Laissez-vous emporter par cette vague de gourmandise visuelle, et qui sait, peut-être que vous créerez vous-même la prochaine image qui fera saliver le monde entier. Allez-y, plongez dans cette marée de délices numériques. Peut-être qu'en vous laissant séduire par cette débauche de calories visuelles, vous finirez par concocter le prochain chef-d'œuvre gastronomique qui enflammera les réseaux !
MAGIQUE GYOZA
Gyoza hasardeux - Déguster le repas
Est ce que seulement l'esthétisme du repas compte ?
Oignons aux poivres, haricots vert à la sauce aigre douce, camembert à la sauce algérienne, chocolat au lait, céréales, orange, poivrons crus, saucisson,... Peu de possibilités réellement alléchantes, et un certains gout au melange bizarre; le menu mystère à l’air bien terrifiant pour les deux sujets. Surpris ou dégoûté, le mode survie s'active. L'orange aura gagné, la ou les céréales et les oignons auront été vaincu. Essayant de déterminer des goûts, les cobayes sont à la totale merci des saveurs aliénées et (je me permet à travers l’écran de le dire) savoureuses.
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4. LA CYBER-
ALIMENTATION
FERRERI, Marco. La grande Bouffe, 1973, 2h10m
Le mukbang, une folie venue tout droit de la Corée du Sud. Les gens se filment en train de manger des quantités astronomiques de nourriture tout en papotant avec leur public. C'est comme un dîner virtuel, diffusé en direct sur nos écrans !
Le terme "mukbang" lui-même est un mix entre "mukja" (manger) et "bangsong" (diffusion), donc littéralement, c'est une "diffusion de repas". Et franchement, ça a pris son envol ! Ça cartonne ! Des chaînes YouTube avec des millions d'abonnés, des dizaines de millions de vues qui grimpent à des sommets... c'est du lourd ! On a même des stars du mukbang avec leur propre fanbase, comme Eat with Boki (9,5 Millions d’abonnés), Tzuyang (9,2 Millions) ou Ssoyoung (10,6 Millions). On nage en plein délire gastronomique, mais avouons que c'est difficile de détourner le regard de ces festins numériques !
À la base, le mukbang était un peu comme une réponse à la solitude, surtout en Corée du Sud, où beaucoup se retrouvaient à manger seuls après avoir quitté le nid familial. Mais maintenant, c'est devenu bien plus que ça. Les gens regardent ces vidéos pour faire des régimes alimentaires, pour ressentir cette satisfaction par procuration, le "daeli manjog" qui désigne la satisfaction par procuration de manger. C'est comme une expérience ASMR gustative, où on se délecte des sons de la nourriture et de la mastication de l’autre. C’est un peu comme si on pouvait goûter chaque bouchée à travers l'écran, sans les calories en prime !
Mais attention, tout n'est pas rose dans le monde du mukbang. Avec l'engouement, on assiste à une véritable course à l'extravagance, où chaque créateur rivalise d'idées pour attirer l'attention. On parle de contenus de plus en plus extrêmes et délirants, avec des trucs à manger aussi farfelus que déconcertants !
En 2015, le phénomène s'étend aux mondes proposant ainsi des contenus en quête perpétuelle du "plus gros, plus gras, plus fou".
Une surenchère de l'esthétique qui s’opère surtout dans la quantité et la qualité de plus en plus déplorable des produits. Le cas emblématique de Nikocado Avocado illustre parfaitement cela. On peut parler d’une réelle descente aux enfers ou d'ascension (selon les puristes), de sa chaîne youtube actuellement à plus de 3,82 million abonnés. Il nous offre un véritable voyage dans les méandres du mukbang. L'histoire d’un militant végan qui concentrait son contenu sur des vidéos de recettes et de dégustation de repas sains et végan. Mais...qui finit par plonger tête la première dans un océan de fast-foods, où chaque bouchée semble le rapprocher un peu plus de l'explosion alimentaire. Après plus de cinq ans à publier deux vidéos par jour sur la malbouffe ou des drames sentimentaux, sa prise de poids incessante et son désengagement de la lutte pour le véganisme, il incarne ce type de contenu toujours à la recherche de ce qui est plus fou, innovant et gigantesque.
C'est comme si le mukbang était devenu le cirque des gourmands, où la santé et le bon sens alimentaire sont relégués aux oubliettes au profit du sensationnel et de l'absurde. On se croirait dans une course effrénée vers une crise d'indigestion générale, où le seul objectif semble être de repousser toujours plus loin les limites du raisonnable. C'est à se demander si un jour, on ne verra pas des compétitions de mukbang à la télé, avec des prix pour celui qui arrive à manger le plus de hot-dogs en une minute ! Ah ! C’est déjà fait… Takeru Kobayashi, le Tsunami ! Il dévore tout sur son passage : 337 ailes de poulet en 30 minutes, 97 burgers en 8 minutes, 63 hot-dogs en 12 minutes... il mange tout ce qui bouge plus vite que son ombre ! Mais bon, il eut quelques défaites dans son palmarès, comme celle de 2003, battu 50 à 31 saucisses en 2 minutes 36 secondes. Hélas il est largement battu par un ours brun dans l'émission Man vs. Beast. Qui a dit que les animaux ne participaient pas à la compétition !
Bon ! Retournons à notre second dévoreur préféré Nikocado Avocado. Car oui, je n’ai pas fini l’histoire, loin de là ! Donc, le mukbang et surtout Monsieur Avocado fonctionnent aux dislikes et aux réactions négatives, monnaie courante dans le domaine ! Pas tout beau le festin virtuel, n'est-ce pas ? Face à cet engouement malsain et cette pluie de dislikes, les vidéos génèrent toujours plus de vues et d’argent. C'est comme si le désastre alimentaire était devenu une source de revenus juteuse ! Ce qui amène à détruire l'estime du créateur et sa santé pour toujours plus d’attention.
Aujourd’hui, Nicocado Avocado est riche. Il possède pas moins de 6 chaînes Youtube cumulant plus de 6 millions d'abonnés et 88kg de plus qu'à ses débuts. On pourrait presque dire qu'il a mangé son chemin vers la richesse, en dévorant des montagnes de nourriture sous l'œil critique de ses fans. C'est un peu comme si le mukbang était devenu le rêve de tout gourmand en quête de célébrité et de fortune !
“On va regarder un spectacle. Ce spectacle s’appelle : Regarde le monde lutter pour sa survie. C’est un spectacle très amusant.
Je m’assois ici et je regarde le monde lutter et rester pauvre.”
Nikocado Avocado dans la “MY NEW HOUSE TOUR – I bought a $2,300,000 Million Dollar Penthouse” du 1 avril 2021
ASMR (Autonomous sensory meridian response) : Ce phénomène est une sensation de picotement agréable, généralement ressentie au niveau du cuir chevelu et du corps, qui nous fait frissonner de plaisir. Elle est déclenchée par des stimuli visuels, auditifs ou tactiles doux. Les vidéos ASMR, c'est un véritable phénomène en ligne ! On peut trouver de tout : des gens qui murmurent des mots apaisants, qui déballent des cadeaux, qui tapotent sur des objets, qui caressent des surfaces... Tout pour créer une réaction sensorielle chez le spectateur. Et pourquoi regarde-t-on ces vidéos ? Eh bien, les réponses peuvent varier, mais la plupart du temps, c'est pour se relaxer, se déstresser, voire même pour trouver le sommeil. C'est comme une petite bulle de douceur dans un monde de bruit et de stress, un vrai moment de détente pour nos esprits fatigués.

BECKERS, Hugo. Mukbanger, 2023, 19min
Dialogue tiré du Court métrage d’Hugo Beckers, Mukbanger (19min) sortie en 2023.
Thomas, un YouTuber spécialisé dans les mukbang, est sur le point d’atteindre le sommet de sa carrière, mais une visite médicale fait naître en lui des doutes. Lors du tournage de sa nouvelle vidéo, sa sœur est présente sur le plateau. Bien qu’elle tente de le convaincre de quitter cet univers, elle dépend financièrement de ses revenus. Le tournage vire au désastre, entre crises de larmes, pâtes, burgers et vomissements, jusqu’à ce que Thomas craque complètement.
Le lendemain, il a une conversation avec son manager, qui devient la scène finale de ce court-métrage.
« - J’ai posté un petit truc, pour essayer, le truc ça a pris d’un coup, comme ça ! Le prends pas mal, hein, mais, tu sais Thomas, le nouveau cadreur, très, très fort d’ailleurs. Il a monté le petit plan ou tu étais en train d'à moitié cracher, pleurer.
- T’as pas fait ça …
- Attends. C’est un peu dérangeant, je suis d’accord mais c’est payant tout ce drama avec la bouffe, puis après avec ta sœur. Ouais, il t’a... Après suivi aux toilettes, mais c’est ça qui manquait au concept, et le truc on l’a, et ça cartonne !
- De quoi tu parles ? C’est moi la star. C’est moi qui décide.
- Oui mais… Désolé mon pote mais,.. je sais pas… par tous les moyens on avait dit, on s'était mis d'accord. En une nuit t’as fait 500 000 vues Thomas ! C’est du jamais vu sur ta chaine ! T’es plus un youtubeur lamba la ! La ! T’es une star ! T’es une star ! C’est comme les séries tu vois, plus le héros en chie, plus les gens ont envie de venir à l'épisode suivant. Avec toi, c’est pareil ! Les gens, ils adorent te voir malheureux. Alors, je sais pas si c’est parce que comme ça ils ont l’impression d’avoir une vie moins pourrie ou ils sont juste cinglés, mais le taux d’engagement, il est énorme ! Est-ce que ça fait d’eux des gros connards ? Oui. Est-ce que le fait de capitaliser là-dessus, fait de moi un gros connard ? Oui. Mais moi je suis ton gros connard.
- Ils se moquent dans les commentaires ?
- Mais putain, ils cliquent, ils interagissent, on s’en branle… Il y en a aussi qui s'inquiètent, qui t'aiment vraiment, des millions et pas qu’en France. Les ricains réclament des sous-titres. Des sous titres ! C’est fou ! C’est dingue ! Alors, on fait quoi ? On continue ? On tourne plus... On en fait en anglais ? Ou, on arrête, on peut arrêter.
- Combien de vues encore, tu as dit ? »
En fin de compte, le mukbang et le food porn sont comme deux cousins un peu fous et excentriques dans la grande famille du divertissement en ligne. Ils nous offrent une expérience sensorielle et interactive, mais aussi un aperçu surprenant de l'aspect sombre de notre relation avec la nourriture et la célébrité. C'est comme si on regardait un spectacle d’une personne qui se bat pour sa survie... Un divertissement haut en couleurs et très amusant, selon la critique. C'est fou comme on peut passer de la délectation visuelle à la contemplation des excès, tout en gardant un air de légèreté.
Mais bon le mukbang reste le meilleur des deux en proposant d’aller au-delà d’un simple visuel gourmand et alléchant. Parfois, des créateurs nous proposent un peu plus… d'excentricité… en ingurgitant toutes sortes de choses, du shampooing au scotch en passant par du dentifrice et même du savon... Et ne parlons pas des animaux vivants... Voilà…Yes…
Rien que sur l’hashtag #FoodTok sur TikTok, on recense plus de 39,6 milliards de vues, pour 1,2 milliard d'utilisateurs actifs mensuels. Le mukbang est devenu une sorte de déviance culinaire, mêlant solitude, esthétique et dépassement de soi, pour devenir une tendance aux millions de vues.
Et ce n'est que le cacao en poudre sur le tiramisu ! Dessous, se cache un monde nauséeux, rempli de glaçage aux vermicelles déjà fondus. L'absurde et le dégoûtant se mêlent joyeusement pour le plus grand plaisir ou dégoût de tous, plus qu'à choisir son camp maintenant. Qui aurait cru que regarder quelqu'un manger un rouleau de scotch pourrait devenir un divertissement aussi populaire ? C'est comme si on avait pris une bouchée de notre propre absurdité et qu'on l'avait étalée sur nos écrans pour que le monde entier puisse voir !
DIRTY VR




Avant d'étudier les cobayes, une petite précision du contenu du casque est à faire.
A travers les multiples mukbang existant sur le web, j'ai choisi les plus connus et ceux qui ont suscité le plus de réactions. Après avoir choisi l’image la plus alléchante, appétissante et la plus culte, je la transforme en dessin. Un format raisin recouvert aux pastel à l'huile. Ce procédé long reprend les codes du food porn et du mukbang à travers le lissage, les textures ou la saturation abusive.
Ensuite, je propose à différentes IA de générer une vidéo à partir de ces dessins. La répétition des générations de formes et de vidéos, permettent à d'autres choses d'apparaitre et de se développer.
De la vidéo au dessin, puis encore à la vidéo, je propose cette représentation en vidéo virtuelle. Le processus est une constante surenchère pouvant être infini de contenus de plus en plus dérangeants et bizarres sortant de la réalité.
Raviolis en conserve - Manger
Ça fait quoi de manger devant un mukbang de
luxe ?
Le dessin prend vie ou du moins se mouvent, se transformant au fil des secondes. Les dessins disparaissent, évoluent dans cette vidéo projetée en 180° dans le casque. Au creux de la main, au pied de la bouche ou dans l’assiette, le sujet se positionne au centre de cette représentation.
Immergé dans cet univers, le sujet semble plutôt étonner et émerveiller, pas si dégoûté de cette représentation. D’autres sujets ont réagi avec plus d’hostilité et de dégoût face à ces images.
Sujet 5
AMUSANT
PLAISIR
DEGOUT
PRATICITE
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Dessert : Tarte à
la crème
Nous ingurgitons, nous engloutissons toujours plus, toujours plus soutenus par une admiration malsaine. La nourriture est devenue un produit de consommation. Ah, nous voilà donc dans cette joyeuse farandole, où la nourriture est devenue une marchandise. Un produit de consommation que nous avalons avec une ferveur digne des plus grands gourmets.
Bien au-delà de deux ou trois repas sur le canapé ou nous nous goinfrons devant nos écrans, l’emprise du numérique à travers le repas est un point bien sombre. On consomme l’objet de désir et de tendance. On consomme la nourriture comme on dévore le numérique soit jusqu'à overdose. La nécessité et l’aspect primordial de la nourriture disparaissent de nos vies. On ne mange pas seulement pour survivre mais pour paraître en vie. L’aliment devient le miroir de notre hygiène de vie. Chaque bouchée devient un spectacle, une performance destinée à impressionner notre public. Nous sommes devenus les acteurs de show gastronomique, où chaque plat dégusté est un chapitre d’épopée en ligne. Avalez des montagnes de calories sous le regard bienveillant (ou inquisiteur) de nos followers, quelle joie !
CONCLUSION
À travers cette analyse sur le repas, j’ai voulu proposer une vision où les frontières entre l'ordinaire et l'absurde s'estompaient. La réalité et la fiction se confondaient.
Entre laboratoire expérimental et fiction fonctionnelle, j'interroge la liberté individuelle face à ces contraintes techniques ou sociales. Je souhaite porter un regard sur la manière dont nos comportements changent par le biais de ces protocoles aux règles simples et absurdes. Parfois sans réellement prendre conscience de ce qu’ils mangent ou de ce qu’ils regardent, les usagers s'adaptent aux changements. Dans ces mises en scène, notre quotidien alimentaire se déforme. La convivialité du repas se heurte parfois à la contrainte sociale. L'habitude devient l'excès. Le repas se transforme en une caricature. Je change les codes et les rituels habituels jusqu'à les rendre grotesques à travers l'expérience.
Ces scénarios proposent une vision décadente de la réalité qui nous invite à réfléchir sur les évolutions possibles de nos habitudes alimentaires. Dans un monde en perpétuelle évolution, où leur rapport au réel change, il nous appartient de continuer à interroger, à expérimenter et à imaginer de nouveaux possibles pour notre futur alimentaire. Cependant, il est aussi essentiel d'examiner de plus près les dérives contemporaines qui découlent de cette fascination pour la nourriture. L'esthétisme de l'aliment joue avec sa toxicité. Tous les contenus numériques alimentaires offrent un regard percutant sur la façon dont nous consommons non seulement notre nourriture, mais aussi le contenu digital. On mange sans réfléchir, on avale la bouffe et les images, telle une surconsommation abêtissantes. La société s’obsède des apparences. La nourriture devient un objet de désir manipulé et consommé avec frénésie. Ce parallèle entre notre consommation de nourriture et du contenu numérique soulève des questions fondamentales sur notre relation à l'image, à la représentation et à la satisfaction instantanée.
Les écrans deviennent miroirs.
Jouer avec ces déviances et ces représentations proposent un réel buffet d’absurdité et d’excès pour la suite. Ainsi, je considère ce mémoire comme une étape dans mon processus de réflexion. Je veux poursuivre en proposant un design qui questionne. Un design qui émette des hypothèses autour de l'environnement de la nourriture : la manière d'on l'on se nourrit et les pratiques de table qui en découle. Pour cela, je souhaite utiliser des pratiques extrêmes tel que le mukbang pour questionner la frontière entre la réalité et des pratiques numériques sur les réseaux sociaux. Je veux questionner le rôle des objets dans l'espace du repas numérique car l'objet du quotidien tout autant que l’objet à l'intérieur de l'écran survivent grâce aux regards qu'on leur portent à travers ce support virtuels.
Et au pire si tout cela échoue, ou bien, à défaut d’une panne d'inspiration, au moins nous aurons toujours un dessert comme ultime lot de consolation à ce délicieux projet.
BIBLIOGRAPHIE
LIVRES
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MEILHEURAT, Alfred. Manuel du savoir-vivre, ou l'Art de se conduire selon les convenances et les usages du monde. Paris, 1852. 143p
PONGE, Francis. La table. Gallimard, Paris, 1991, 121p
SIMON,Francois. Poétique Jambon-Beurre. Bouquins documents, 2022. 252p
TESTUT, Anna. WILLAUME, Alain. Europe à table. Edition de l'Imprimeur. 1995.140p
RAISSON, Horace-Napoléon, ROMIEU, Auguste. Code gourmand, manuel complet de gastronomie, contenant les lois, règles, applications et exemples de l'art de bien vivre. J.-P. Roret, Paris, 1829. 363p
THESES
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ARTICLES
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PENZA, Matteo. Les repas de Cocagne, 2024
https://www.matteopenza.com/files/R2022_PENZA_Matteo_Projet_v2.pdf
VIDEOS
BLAST, Le souffle de l'info. Mukbang : Ces youtubers qui vendent leur vie pour des vues, 2022, 30 min
https://www.youtube.com/watch?v=ipZ1TxU9ydo&t=839s
EAMES, Charles. EAMES, Ray. Powers of Ten,1977, 9min
PALMERE, Pierre. Les choix, "1er Adieux", 1989, 5 min
https://www.youtube.com/watch?v=HcKl_OFD5lU
ROTTENBERG, Mika. NoNoseKnows, 2015, 22 min
https://vimeo.com/715676221
TORAN, Noam. Object for Lonely Men, 2001, 7min
https://vimeo.com/9783019
ROSLER, Martha. Semiotics of the kitchen, 6min
https://www.dailymotion.com/video/xoqr
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GERONIMI, Clyde. JACKSON, Wilfred. LUSKE, Hamilton. La Belle et le Clochard, 1955, 1h16m
TATI, Jacques. Mon oncle, 1958, 1h54m
BUNUEL, Luis. PINAL, Sylvia. JUNCO, Tito. L'Ange exterminateur, 1962, 1h36m
OZU, Yasujirō. Le Goût du saké, 1962, 1h53m
EDWARDS, Blake. La Grande Course autour du Monde, 1965, 2h40m
EDWARDS, Blake.SELLERS, Peter. LONGET, Claudine. The Party, 1968, 1h39m
DE LA PATELLIÈRE, Denys, Le Tatoué, 1968, 1h30m
ZIDI, Claude, L’aile ou la cuisse, 1976, 1h44 min
TRUFFAUT, François. L'Enfant sauvage, 1970, 1h25m
GRANIER-DEFERRE, Pierre. Le chat, 1971, 1h26m
BUNUEL, Luis. REY, Fernando. Le Charme discret de la bourgeoisie, 1972, 1h42m
FERRERI, Marco. La grande Bouffe, 1973, 2h10m
HOOPER, Tobe. BURNS, Marilyn. Massacre à la tronçonneuse,1974, 1h23
AKERMAN, Chantal, Jeanne Dielman, 23, Quai du commerce, 1080 BRUXELLES, 1975, 3h18m
MOULLET, Luc. Genèse d’un repas, 1978, 1h55m
RESNAIS, Alain. Mon oncle d’Amérique, France, 1990, 2h5m
JONES, Terry. Monty Python : Le Sens de la vie, 1983, 1h47m
AXEL, Gabriel. Le Festin de Babette, 1987, 1h39m
REINER, Rob. CRYSTAL, Billy. Ryan, Meg. Quand Harry rencontre Sally, 1989, 1h36m
LEE, Ang. Salé et sucré, 1994, 2h04m
VON TRIER, Lars. Les idiots. Danemark, 1998, 1h57
VINTERBERG,Thomas. Festen. Danemark, 1998,1h41m
SCOTT, Ridley, Hannibal, 2001, 2h11m
HAMER, Bent. Kitchen Stories. Norgève, 2003, 1h15
SPURLOCK, Morgan. Super Size Me, 2004, 1h38
TSAI, Ming-Liang. La Saveur de la pastèque, 2005, 1h54m
BEAUVOIS, Xavier. Des hommes et des dieux, 2010, 2h2m
GARRONE, Matteo. Tale of Tales, 2015, 2h05m
OSTLUND, Ruben. BANG, Claes. MOSS, Elisabeth. The Square, 2017, 2h22m
GAZTELU URRUTIA; La Plateforme, 2017, 1h34m
DUPIEUX, Quentin. Mandibules, 2020, 1h17m
OSTLUND, Ruben. Sans Filtre, 2022, 2h29m
BECKERS, Hugo. Mukbanger, 2023, 19min
MONGKOLSIRI, Sittisiri. Hunger, 2023, 2h25m
Remerciements
Je tiens à exprimer ma gratitude à Anne Xiradakis et Fabrice Cotinat pour leurs écoutes attentives, leurs conseils avisés et leurs remarques pertinentes tout au long de l'élaboration de ce mémoire.
Je n'oublie pas non plus tous les professeurs qui ont répondu à mes sollicitations avec intérêt. Je remercie particulièrement Aurélie Magar et Catherine Catinus pour leurs aides précieuses et leurs recherches de lectures et de références enrichissantes pour ce travail.
Enfin, mes pensées vont à ma famille pour leurs encouragements chaleureux, en particulier à ma maman pour ses précieuses relectures.




